tvplusafrique

Justice

LA COMPÉTENCE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE ÉCARTÉE POUR L'EXAMEN DE L'ACTE DE LA HAC

LA COMPÉTENCE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE ÉCARTÉE POUR L'EXAMEN DE L'ACTE DE LA HAC
Suspension des réseaux sociaux au Gabon : la Cour Constitutionnelle et la question de compétence juridique

La Cour Constitutionnelle du Gabon a récemment rendu une décision marquante relative à la suspension des réseaux sociaux dans le pays. Dans une requête déposée par des citoyens gabonais, la question de l'inconstitutionnalité de cette suspension a été posée. Cette décision, qui concerne directement la liberté d’expression et l'accès à l'information, a mis en lumière les tensions entre sécurité publique et libertés fondamentales dans un contexte numérique de plus en plus complexe.


Contexte et origine de la requête


La requête en question a été introduite devant la Cour Constitutionnelle le 23 février 2026 par Mesdames Abdoul Kadir Maïmouna et Elisabeth Mabandah, ainsi que Messieurs Teddy Annael Akue Essimgane et Cabrel-Jeannis Ndomba Mouele. Ces citoyens gabonais ont sollicité l'annulation du communiqué de la Haute Autorité de la Communication (HAC), en date du 17 février 2026, qui ordonnait la suspension des réseaux sociaux sur tout le territoire gabonais.


Les requérants affirmaient que cette décision, en bloquant des plateformes telles que Facebook, Instagram et WhatsApp, violait leurs droits constitutionnels, notamment leur liberté d'expression et d'accès à l'information. Selon eux, cette suspension, en l'absence de fondement juridique explicite dans les lois gabonaises, était une mesure disproportionnée qui nuirait gravement à leurs libertés fondamentales.


La position de la Haute Autorité de la Communication


De son côté, la Haute Autorité de la Communication a justifié cette décision par la nécessité de maintenir l'ordre public et de protéger les citoyens contre les contenus jugés nuisibles sur les réseaux sociaux. Elle a argumenté que, face à des dérives sur ces plateformes, une suspension temporaire et ciblée était une mesure proportionnée pour rétablir un équilibre entre la liberté d’expression et la préservation de l'ordre public.


La HAC a précisé que cette décision n'était pas une interdiction générale, mais visait spécifiquement certaines plateformes où des contenus illicites avaient été détectés. L'objectif était, selon elle, de limiter les effets négatifs de ces contenus tout en respectant les principes démocratiques, notamment le droit à la libre communication et à l’expression.


La décision de la Cour Constitutionnelle


Dans sa décision, la Cour Constitutionnelle a d’abord rappelé les principes fondamentaux inscrits dans la Constitution gabonaise. Selon l’article 114 de la Constitution, la Cour est compétente pour statuer sur la constitutionnalité des lois et des actes normatifs. Toutefois, elle a souligné que la compétence de la Cour ne s'étend pas à l’examen des actes administratifs unilatéraux, comme le communiqué de la HAC, qui relèvent des juridictions administratives, conformément à l'article 131 de la Constitution.


Ainsi, la Cour a estimé que la question soulevée par les requérants ne relevait pas de sa compétence. Elle a en effet jugé que le communiqué de la HAC, bien que réglementaire, ne constituait pas un acte directement susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens dans le cadre d'une procédure constitutionnelle. Cette décision a pour conséquence que la Cour n’a pas pu se prononcer sur le fond de la question relative à la légalité ou la légitimité de la suspension des réseaux sociaux.


Un défi pour l’équilibre entre libertés et sécurité


La question de l'équilibre entre la sécurité publique et la liberté d'expression sur internet reste un défi majeur pour les gouvernements du monde entier, et le Gabon ne fait pas exception. La décision de la Cour Constitutionnelle, bien qu'elle n'ait pas directement annulé la suspension des réseaux sociaux, soulève des interrogations cruciales sur le cadre juridique des décisions administratives en matière de régulation numérique.


À mesure que la société gabonaise s'adapte à un environnement de plus en plus connecté, il devient impératif de trouver un juste équilibre entre la préservation de l'ordre public et le respect des droits fondamentaux des citoyens.


 

Par Pamphil

Top Articles