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LE MADE IN GABON PEUT-IL DEVENIR LE NOUVEAU PÉTROLE DU PAYS ?

LE MADE IN GABON PEUT-IL DEVENIR LE NOUVEAU PÉTROLE DU PAYS ?
Le Made in Gabon peut-il remplacer le pétrole dans l’économie gabonaise ?

Pendant plus de cinquante ans, l’économie gabonaise a vécu au rythme du pétrole. L’or noir a financé les infrastructures, alimenté le budget de l’État et façonné le modèle économique national. Pourtant, une question s’impose désormais avec force. Et si la véritable richesse durable du Gabon ne se trouvait plus dans son sous-sol, mais dans sa capacité à transformer localement ses ressources ?


À l’heure où les revenus pétroliers diminuent et où la pression sociale augmente, le concept de Made in Gabon pourrait bien devenir l’un des leviers stratégiques du développement national. Mais ce pari est-il réellement capable de remplacer la rente pétrolière ?


Une économie encore dépendante du pétrole


Le Gabon demeure aujourd’hui l’une des économies les plus dépendantes des ressources extractives en Afrique centrale. Selon le Fonds monétaire international, le pétrole représente encore près de 50 % des recettes budgétaires, 39 % de la production nationale et environ 68 % des exportations du pays. 


Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des cours internationaux. Lorsque le baril chute, les finances publiques vacillent, les investissements ralentissent et les programmes sociaux sont fragilisés.


Plus préoccupant encore. Les réserves pétrolières ne sont pas éternelles. Plusieurs projections évoquent un épuisement progressif d’ici le milieu du siècle si la production continue de décliner. 


Face à cette réalité, la diversification économique n’est plus un simple slogan politique. Elle devient une nécessité stratégique pour la survie économique du pays.


Le Made in Gabon : une idée qui s’impose progressivement


Depuis plusieurs années, les autorités gabonaises tentent d’encourager la production locale. L’objectif est de produire, transformer et consommer davantage de biens fabriqués au Gabon.


Comme le rappelait le ministre de l’Agriculture, les modèles économiques reposant principalement sur les importations « ne sont plus durables et freinent l’essor du Made in Gabon ».


Le constat est frappant. Le pays importe encore une grande partie de ce qu’il consomme, notamment dans le domaine alimentaire. Ces importations représenteraient près de 550 milliards de francs CFA par an, une somme considérable pour une économie de la taille du Gabon. 


Réduire cette dépendance permettrait non seulement de renforcer la souveraineté économique, mais aussi de créer des milliers d’emplois locaux.


Transformer localement : la clé de la nouvelle richesse


Le véritable enjeu du Made in Gabon ne se limite pas à produire localement. Il s’agit surtout de transformer les matières premières sur le sol national.


Le pays possède pourtant des ressources considérables. Bois, manganèse, produits agricoles, pêche, biodiversité, tourisme. Pendant des décennies, ces richesses ont souvent été exportées sous forme brute, laissant la valeur ajoutée se créer ailleurs.


Prenons l’exemple du bois. Le Gabon est l’un des pays forestiers les plus riches d’Afrique, mais longtemps les grumes ont été exportées sans transformation. La décision d’imposer une transformation locale du bois dans les années 2010 a marqué un tournant important.


Résultat. De nouvelles industries de transformation se sont développées, créant des emplois et augmentant la valeur économique de la ressource.


Cette logique pourrait être étendue à d’autres secteurs. Agriculture, pêche, mines, industrie agroalimentaire, cosmétique à base de plantes locales, ou encore transformation du cacao et du café.


Un potentiel énorme pour l’emploi


Le Made in Gabon pourrait aussi répondre à l’un des défis majeurs du pays : le chômage des jeunes.


Dans une économie dominée par le pétrole, les emplois directs sont relativement limités. L’industrie pétrolière génère beaucoup de revenus, mais peu d’emplois comparée à d’autres secteurs.


À l’inverse, les chaînes de transformation locale, agriculture, industrie alimentaire, textile, artisanat, industrie du bois, peuvent créer des milliers d’emplois à différents niveaux. Production, logistique, transformation, distribution.


Une économie fondée sur la transformation locale permettrait également de stimuler les PME et l’entrepreneuriat national, aujourd’hui encore trop marginal dans la création de richesse.


Les obstacles à surmonter


Cependant, faire du Made in Gabon le nouveau pétrole du pays ne sera pas simple.


Plusieurs obstacles structurels persistent :


1. Le déficit d’infrastructures
Routes, énergie, logistique : de nombreuses zones productives restent difficiles d’accès.


2. Le coût de l’énergie et de la production
Produire localement reste souvent plus cher que d’importer des produits manufacturés.


3. L’accès au financement
Les PME gabonaises ont encore du mal à obtenir des financements pour développer leurs activités.


4. La culture de consommation
Beaucoup de consommateurs continuent de privilégier les produits importés, souvent perçus comme plus fiables.


Sans politiques publiques fortes, fiscalité incitative, soutien à l’industrie, protection intelligente du marché,  le Made in Gabon risque de rester un slogan plutôt qu’une réalité économique.


Un choix stratégique pour les prochaines décennies


La question n’est donc pas seulement économique. Elle est politique et stratégique.


Le Gabon se trouve à un moment charnière de son histoire économique. Continuer à dépendre majoritairement du pétrole, dont les revenus sont incertains et déclinants, expose le pays à des crises répétées.


À l’inverse, investir massivement dans la transformation locale pourrait créer une économie plus résiliente, plus inclusive et plus souveraine.


Le Made in Gabon ne remplacera peut-être jamais totalement le pétrole en termes de revenus immédiats. Mais sur le long terme, il pourrait devenir une richesse plus stable, plus durable et surtout mieux partagée par les Gabonais.


Le défi d’une génération


La véritable question est donc la suivante. Le Gabon aura-t-il le courage politique de transformer son modèle économique ?


Car le Made in Gabon n’est pas seulement une politique industrielle. C’est un projet de société.


Un projet qui suppose de produire ce que l’on consomme, transformer ce que l’on extrait et valoriser ce que l’on possède déjà.


550 milliards de francs CFA par an 


Pendant plus de 50 ans, le pétrole a dominé l’économie gabonaise. Aujourd’hui, il représente encore près de 50 % des recettes budgétaires, environ 39 % du PIB et 68 % des exportations du pays. Pourtant, cette dépendance devient risquée face à la baisse progressive des réserves. Par ailleurs, le Gabon dépense près de 550 milliards de francs CFA par an pour importer des produits alimentaires et manufacturés. Développer le Made in Gabon et la transformation locale pourrait réduire ces importations, créer des milliers d’emplois et générer davantage de valeur ajoutée dans l’économie nationale.


Le label est porté par le ministère du Commerce, des PME-PMI


Il existe officiellement un label « Made in Gabon », bien que son déploiement et sa reconnaissance soient passés par plusieurs étapes de structuration ces dernières années. Ledit label a été à ce titre institutionnalisé. Le label est porté par le ministère du Commerce, des PME-PMI en collaboration avec l'ANPI-Gabon (Agence Nationale de Promotion des Investissements). Il vise à certifier l'origine gabonaise des produits, garantissant qu'une part significative de la valeur ajoutée est créée localement.


Une croissance projetée de près de 4 % du PIB pour 2026


En 2026, l'ambition « Made In Gabon » s’impose comme le moteur d'un renouveau industriel au cœur de la zone CEMAC. Portée par le dynamisme de la Zone d’Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok, dont les produits sont désormais admis sur le marché de la ZLECAF, la production locale gabonaise gagne en compétitivité face aux géants régionaux. Avec une croissance projetée de près de 4 % du PIB pour 2026, Libreville mise sur la transformation locale du bois et du manganèse pour réduire sa dépendance aux importations et s'imposer comme le leader économique de la sous-région. Ce pari de la diversification, soutenu par un taux de bancarisation record, transforme progressivement le label national en un gage de souveraineté économique au sein de l'espace communautaire


 


 


 


 

Par Pamphil

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