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DERRIÈRE LE SUICIDE

DERRIÈRE LE SUICIDE
Alors que plusieurs cas de suicides suscitent l’émoi au sein de l’opinion, à Libreville, responsables religieux et spécialistes de la santé mentale appellent à briser le silence pour mieux prévenir ces drames.

Une parole nécessaire pour prévenir.


Longtemps considéré comme un sujet tabou, le suicide mérite pourtant d’être abordé ouvertement afin de mieux prévenir les drames. Pour Grâce, psychologue de formation, parler de ce phénomène constitue déjà une première étape vers la prévention.


« Parler de suicide n'encourage pas les gens à le faire, au contraire cela permet de comprendre, de prévenir et de sauver des vies », explique-t-elle.


Selon la spécialiste, la société a souvent une vision erronée des personnes qui passent à l’acte.


« Plusieurs personnes pensent que lorsque quelqu'un tente de se suicider, c'est quelqu'un de faible ou quelqu'un qui manque d’attention. Entre-temps ce n’est pas le cas », précise-t-elle.


« Ce n’est pas la vie qu’on veut arrêter, mais la souffrance »


Contrairement à certaines idées reçues, les personnes qui se suicident ne sont pas toujours malades physiquement. Bien souvent, elles semblent même en bonne santé.


Pour la psychologue, la clé de compréhension se trouve ailleurs dans la souffrance intérieure.


« Le suicide est souvent le résultat d'une souffrance intérieure », affirme Grâce.


Elle insiste sur un point essentiel dans la compréhension du phénomène.
« La personne qui tente de se suicider ne cherche pas à en finir avec sa vie, elle cherche à en finir avec sa souffrance ».


Des facteurs multiples.


La spécialiste explique que plusieurs facteurs peuvent conduire une personne à développer des pensées suicidaires.


Parmi eux figure la souffrance psychologique.
« Certaines personnes vivent une grande détresse émotionnelle, une tristesse profonde, un sentiment de vide et de désespoir ou l’impression que la vie n’a plus de sens », explique-t-elle.


Les difficultés familiales peuvent également jouer un rôle important.
« Les conflits dans la famille, les violences qu’elles soient physiques ou sexuelles, ou encore le manque de soutien peuvent fragiliser une personne », souligne la psychologue.


À ces éléments s’ajoutent les difficultés économiques qui pèsent lourdement sur certaines personnes.
« Le chômage, les dettes ou la précarité peuvent produire un stress permanent chez l’individu », ajoute-t-elle.


L’appel à l’accompagnement spirituel.


De son côté, l’évêque Pierre-Luc Difuta, président du Haut Conseil Chrétien pour la Prière et le Social (HCCPS), estime que ces situations doivent interpeller toute la société.


« Les récentes informations nous ont présenté un spectacle combien douloureux de voir la jeunesse en proie au désespoir et qui va jusqu’à se priver de l’existence qui est très chère à Dieu », déplore-t-il.


Pour l’homme d’Église, il est essentiel de redonner espoir aux personnes en détresse.
« L’issue principale, c’est vraiment croire qu’il y a de l’espoir. Et la personne qui nous garantit l’espoir, c’est Jésus-Christ », affirme-t-il.


Il invite également les communautés religieuses à jouer leur rôle d’accompagnement.


« Les portes du conseil et de la conciliation sont dans l’Église au travers des hommes et des femmes que Dieu a mis à son service », conclut-il.


Une responsabilité collective.


Face à cette réalité complexe, la prévention du suicide apparaît comme un défi qui dépasse les seules sphères médicale ou religieuse. Psychologues, familles, communautés et institutions sont appelés à unir leurs efforts pour mieux accompagner les personnes en détresse.


Car au croisement de la souffrance psychologique et des questionnements spirituels, le suicide rappelle surtout l’urgence de renforcer l’écoute, la solidarité et l’espoir autour de ceux qui traversent des moments de profonde vulnérabilité. Parler, écouter et soutenir restent ainsi des gestes essentiels pour éviter que le désespoir ne conduise à l’irréparable.

Par NZENGUE BOULENDE

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