DENRÉES VENDUES À MÊME LE SOL
Des commerçantes dénoncent l’absence d’un marché digne et des démarches restées sans suite.
« Si nous sommes sur les chaussées, c'est-à-dire qu'on n'a pas de marché. », lance Tsame, visiblement lasse d’une situation qui dure depuis des années.
Elle retrace une longue attente, remontant à l’époque de l’ancien président, le défunt Omar Bongo, jusqu’à celle de son successeur Ali Bongo Ondimba, et même jusqu’à aujourd’hui. « Ça dure longtemps, depuis l'époque de l'ancien Président, le défunt Omar Bongo, jusqu'à son successeur Ali, même jusqu'aujourd'hui… », déplore-t-elle.
Selon elle, les différents édiles qui se sont succédé à la municipalité n’ont pas su apporter de réponse concrète. « Les maires centrales qui sont à la mairie centrale, on les a vues, on les a parlé. Personne ne nous donne une solution valable. »
Face aux opérations de déguerpissement et aux contrôles réguliers, les commerçants affirment ne pas être restés inactifs. Pétitions, marches et sollicitations officielles ont été entreprises.
« On a nos pétitions qu'on a déposées à la mairie centrale, et quand le Président actuel a pris son pouvoir, on a fait une marche, nous sommes allés à la présidence. Les agents nous ont reçus. »
Le but de ces actions était d’attirer l’attention des plus hautes autorités sur leurs conditions de travail. « On a dit qu'on voulait voir le Président parce que nous sommes embêtés à cause de la vente sur les trottoirs. »
Mais en attendant une solution durable, les contrôles continuent. « Les agents, tout le monde nous embête. Si le Président peut avoir pitié de nous pour nous trouver un site pour vendre. »
Des clients attirés par des prix accessibles et la proximité.
Malgré l’aspect désordonné du marché « Venez Voir », les clients continuent d’affluer. Pour beaucoup, la motivation est d’abord économique. Leslie, une acheteuse rencontrée sur place, explique son choix par la cherté de la vie.
« Parce qu'ici les prix sont abordables. Tout ce qu'on trouve au quartier, on voit qu'ici c'est un peu plus mieux. C'est moins cher ici en fait. »
Elle donne un exemple concret .« Par exemple ici, on peut nous faire trois morceaux de poisson à 1.000 francs. Au quartier, on peut te faire ça à 1.500 déjà, ou 2.000. »
Dans un contexte économique difficile, certains ménages n’ont pas d’alternative. « La vie est très coûteuse en ce moment. Il y en a d'autres qui n'ont pas de travail. Donc même si l'endroit est bizarre, nous sommes obligés de venir ici. »
Au-delà des prix, la proximité joue également un rôle déterminant. Ariel, une autre cliente, évoque la nécessité.
« Juste parce que nous sommes dans le besoin, nous sommes obligés d'acheter. On n'a pas le choix. »
Elle précise habiter à Compton, mais continuer à fréquenter le marché pour une raison simple. « Parce que c'est le marché qui est le plus proche. »
Vendre sur la chaussée, un choix contraint,
Malgré les critiques sur l’insalubrité et l’occupation anarchique de l’espace public, Tsame insiste : les commerçantes ne vendent pas par plaisir sur les trottoirs.
« Même nous-mêmes, en tant que Gabonaise, ça ne nous enchante pas de vendre sur la chaussée. On salit notre pays, mais on ne peut rien. Parce que c'est là où on vit, c'est là où on nourrit nos enfants. Vendre sur les trottoirs, ça ne nous plaît pas. »
Elle assure que si un site comme la Périe était ouvert et sécurisé, la situation changerait. « Si on ouvre la Périe, on met bien la barrière, personne ne viendra encore sur la route. »
Les jardins de la Périe, un espoir en suspens.
Le site des jardins de la Périe apparaît comme l’alternative privilégiée par les commerçants. « Le site qu'on a sollicité, c’étaient les jardins de la Périe. »
Cependant, le terrain serait en litige. « Les jardins de la Périe étaient encore en litige. Ils sont allés au tribunal, si le Gabon a gagné, on ne sait pas. On a dit qu'on aimerait avoir un marché. »
Les vendeuses ne réclament pas un complexe moderne, mais un espace fonctionnel et adapté à leurs moyens. « Pas un marché du genre que les Libanais construisent leurs immeubles. On veut avoir un marché typique africain. Dans la barrière, comme dans les jardins de la Périe, quand ils terminent de débrousser, ils mettent le béton. Ils tracent là où les camions peuvent garer, et nous on rentre là-bas. »
Pour elles, l’aménagement serait simple et rapide. « Ils débroussent, ils mettent le béton, ça ne peut même pas prendre six mois. On peut aller là-bas. »
Entre précarité et attente d’une décision.
Au marché « Venez Voir », vendeurs et acheteurs se retrouvent dans un même constat : la nécessité prime sur le confort. Les commerçantes réclament un espace structuré, les clients recherchent des prix abordables et la proximité.
En attendant une décision des autorités sur l’aménagement d’un site comme les jardins de la Périe, la vente à même le sol demeure une réalité quotidienne au cœur de Libreville.