UN PHÉNOMÈNE DEVENU QUOTIDIEN DANS LES LIEUX PUBLICS
Les témoignages recueillis au Marché Mont-Bouet, ce samedi 21 février 2026, révèlent une réalité de plus en plus préoccupante dans les marchés et les transports publics de Libreville. Le phénomène des pickpockets s’impose désormais comme une menace quotidienne pour les usagers, installant un climat de peur, de méfiance et d’insécurité permanente dans les lieux publics. Les vols à la tire se multiplient, souvent en pleine affluence, et donnent aux citoyens le sentiment d’un abandon progressif des autorités face à une criminalité devenue banale.
Des scènes de vol en pleine affluence.
Julien en garde un souvenir encore vif. L’incident aurait pu dégénérer. « Quand j’ai tourné la tête, j’ai vu un petit, la main sur la fermeture de mon sac. Du coup, je l’ai tapé sur la main et on a failli en venir aux mains. » Pour lui, la simple présence des forces de l’ordre ne suffit plus à dissuader les agresseurs. « On voit généralement les corps habillés là-bas, mais j’ai comme l’impression qu’il n’y a rien qui se fait. » Un sentiment largement partagé par d’autres usagers, qui dénoncent une insécurité devenue structurelle.
Une insécurité devenue banale dans les marchés.
Pour Alex Martial, le phénomène est désormais profondément ancré dans le quotidien. « C’est un phénomène récurrent et tous ceux qui vont dans les marchés sont souvent victimes de ce phénomène-là de pickpocket. » Il insiste sur l’impact social de ces vols, souvent sous-estimé. « Imaginez une dame qui part au marché pour faire la popote du mois et qui se fait subtiliser son portefeuille avec toute la somme prévue. C’est toute une famille qui se retrouve dans la faim pendant un mois. » Il déplore l’absence de réponses concrètes : « Les dispositions ne sont pas prises pour pouvoir pallier cette difficulté. »
Des conséquences sociales lourdes pour les familles.
Il propose des solutions claires . « Le renforcement de la sécurité au niveau du marché, la police municipale pour assurer la sécurité des biens et des personnes, et puis sévir réellement. » Mais il dénonce aussi certaines dérives. « Quand ces indélicats sont arrêtés, parfois il y a des compromis… on les laisse partir sans être punis. Et le phénomène prend de l’ampleur, ça monte crescendo et ça fait beaucoup de dégâts. »
Des victimes impuissantes face à l’audace des pickpockets.
Maï, venue simplement faire ses courses en période de fêtes, raconte une scène de panique dans la bousculade : « Dans la bousculade, des gars sont venus me pousser. Tout d’un coup, je vois le sac ouvert. Mon esprit est parti vers le téléphone. » Elle tente de réagir, en vain . « Ils se sont dispersés. J’ai commencé à crier, une dame m’a prêté son téléphone pour appeler, mais le mien était déjà éteint. »
Un sentiment d’abandon face aux autorités.
Son constat est amer. « Il n’y a pas de sécurité. C’est du semblant. Ce sont les mêmes gardes qui sont souvent en complicité avec ces voleurs-là. » Depuis cet épisode, elle a changé ses habitudes : « Depuis ce jour-là, je laisse souvent le téléphone à la maison. Je viens même avec un allô-allô. » Et conclut avec résignation : « Il y a juste d’être vigilante à chaque fois que tu marches. »
Eva, jeune usagère du marché pointe aussi les failles sécuritaires : « Les gardes sont à certains endroits, mais ils ne font pas tout le marché. Lorsqu’on est à l’intérieur du marché, on est tout seul, et c’est là qu’on peut être volé. »
Vigilance contre vols invisibles
Eva confirme l’ampleur du phénomène. « Le vol est un phénomène qui sévit dans nos vies à chaque moment, ce n’est pas forcément qu’au marché… mais ici, ça bat son plein. » Elle décrit les méthodes des pickpockets. « Je n’ai pas encore été volée, mais j’ai déjà vu comment une personne se fait voler sans même s’en rendre compte. » Elle explique. « Parfois, tu es là, ton sac est là, on le déchire, le voleur glisse sa main, et quand tu arrives à la maison, tu découvres que tu as tout perdu. »
Face à cette insécurité, les usagers développent leurs propres stratégies de survie. Eva explique. « Tu viens avec un objectif bien précis, tu ne tournes pas dans le marché n’importe comment. » « Tu achètes ce que tu as acheté et tu rentres chez toi. » Elle ajoute : « Tu tiens ton sac fortement. » Mais reconnaît les limites de ces précautions : « Même si tu tiens le sac, il peut venir avec plus de force et te l’arracher. Pour les femmes, c’est encore plus compliqué. » Alex Martial résume cette logique de prévention par une phrase simple : « Un peu plus de vigilance. »
Des appels à des mesures fortes et durables
Au-delà des pertes matérielles, ce phénomène entraîne des conséquences profondes : insécurité psychologique, peur constante, stress, changement de comportements, repli sur soi, méfiance généralisée et banalisation de la violence dans les espaces publics. Les citoyens appellent désormais à des mesures fortes, visibles et durables : sécurité renforcée dans tous les recoins des marchés, présence policière réelle, sanctions effectives, fin de l’impunité et lutte contre les complicités internes. Autant de réponses attendues pour restaurer la confiance et garantir la sécurité des populations dans les lieux publics.