VIOLS ET ATTOUCHEMENTS SEXUELS EN MILIEU MÉDICAL
Les structures hospitalières sont censées être des espaces de confiance, de confidentialité et de soins. Pourtant, depuis plusieurs années, des voix s’élèvent au Gabon pour dénoncer des cas présumés de viols et d’attouchements sexuels commis sur des mineures et des femmes adultes par des praticiens, notamment dans le domaine sensible de la gynécologie. Des accusations graves, qui interrogent à la fois l’éthique médicale, les mécanismes de contrôle et la capacité des victimes à obtenir justice.
Des consultations qui tournent au cauchemar
Pour de nombreuses femmes, la consultation chez un gynécologue représente un moment délicat. L’examen intime exige confiance et professionnalisme. Mais certaines patientes affirment avoir vécu des gestes déplacés, des propos à connotation sexuelle, voire des actes assimilables à des agressions sexuelles.
Selon des témoignages recueillis auprès d’associations de défense des droits des femmes, des mineures auraient été examinées sans la présence d’un parent ou d’un accompagnateur, malgré leur jeune âge. D’autres femmes majeures affirment avoir subi des attouchements non justifiés médicalement, sans explication claire ni consentement éclairé.
Dans la majorité des cas évoqués, les victimes disent avoir été paralysées par la peur, la honte ou l’autorité que représente le médecin. « C’est un gynécologue, on lui fait confiance. On ne s’imagine pas qu’il puisse avoir des intentions malsaines », confie une jeune femme sous anonymat.
Le poids du silence et de la stigmatisation
Au Gabon, comme dans de nombreux pays, parler d’agressions sexuelles demeure un tabou. Lorsqu’il s’agit d’un professionnel de santé respecté, le silence est encore plus lourd. Les victimes redoutent d’être accusées de mensonge, de chercher à nuire à la réputation d’un médecin ou d’avoir mal interprété un geste médical.
Certaines familles préfèrent étouffer l’affaire pour éviter le scandale. Dans le cas de mineures, la peur de l’exposition publique et de la stigmatisation sociale est encore plus forte.
Des organisations de la société civile rappellent que le viol et les agressions sexuelles sont des crimes punis par la loi gabonaise, même lorsqu’ils sont commis par une personne investie d’une autorité professionnelle. Elles soulignent également que l’absence de dénonciation favorise l’impunité.
L’éthique médicale en question
La profession de gynécologue impose des règles strictes en matière de déontologie. Le respect de la dignité de la patiente, l’obligation d’information et le consentement éclairé constituent des principes fondamentaux.
Le Conseil de l’Ordre des médecins, lorsqu’il est saisi, peut engager des procédures disciplinaires. Celles-ci peuvent aller du simple avertissement à la suspension ou à la radiation. Mais dans les faits, peu d’affaires parviennent jusqu’aux instances ordinales ou judiciaires.
Des juristes estiment que la difficulté réside souvent dans la preuve. Les faits se déroulent généralement à huis clos, sans témoin. Les examens gynécologiques impliquent des gestes techniques qui peuvent être contestés ou justifiés par le praticien.
« Il faut renforcer les mécanismes de contrôle et rappeler que la blouse blanche ne protège pas de la loi », explique un avocat spécialisé en droit pénal.
La vulnérabilité des mineures
Les cas impliquant des mineures suscitent une indignation particulière. En droit, une mineure est considérée comme particulièrement vulnérable, et toute atteinte sexuelle commise sur elle constitue une infraction aggravée.
Des acteurs associatifs recommandent que, sauf urgence, tout examen gynécologique sur une mineure se fasse en présence d’un parent ou d’un tiers de confiance. Ils plaident également pour une meilleure sensibilisation des jeunes filles à leurs droits. Droit de poser des questions, de refuser un geste non expliqué, de demander la présence d’un accompagnateur.
Dans certains établissements de santé, des protocoles commencent à être mis en place pour sécuriser les consultations. Présence d’une infirmière pendant l’examen, traçabilité des actes, formation du personnel sur les violences basées sur le genre.
La justice face aux plaintes
Lorsque des plaintes sont déposées, le parcours judiciaire peut s’avérer long et éprouvant. Les victimes doivent souvent subir des expertises médicales, des auditions répétées et des confrontations avec le praticien mis en cause.
Les magistrats rappellent que la présomption d’innocence s’applique à toute personne accusée. Toutefois, ils soulignent que la gravité des faits impose une enquête rigoureuse et impartiale.
Dans certains dossiers médiatisés, des médecins ont été suspendus à titre conservatoire le temps de l’enquête. Mais les défenseurs des droits des femmes dénoncent un manque de transparence et de communication autour des suites données aux affaires.
A quand une meilleure protection des patientes ?
Face à ces accusations, plusieurs pistes sont évoquées par les acteurs de la société civile et du monde médical.
* Renforcer la formation des médecins sur l’éthique et le consentement.
* Rendre obligatoire la présence d’un tiers lors des examens intimes, notamment pour les mineures.
* Mettre en place des dispositifs de signalement anonymes dans les hôpitaux et cliniques.
* Sensibiliser les patientes à leurs droits et aux démarches en cas d’abus.
Des campagnes d’information pourraient également être menées en partenariat avec les médias pour briser le silence et encourager les victimes à parler.
Restaurer la confiance
Il est important de rappeler que la majorité des gynécologues exercent leur profession avec sérieux et intégrité. Les dérives alléguées, si elles sont avérées, ne doivent pas jeter l’opprobre sur toute une profession, mais elles exigent une réponse ferme.
La confiance entre un médecin et sa patiente repose sur le respect, la transparence et la sécurité. Toute atteinte à cette relation fragilise l’ensemble du système de santé.
Dans un contexte où la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants est devenue une priorité, les autorités sanitaires et judiciaires sont appelées à agir avec détermination. Car au-delà des chiffres et des procédures, il s’agit de vies brisées, de traumatismes durables et du droit fondamental à la dignité.