ORGANISERONT-ILS ENFIN LES AUDITS ATTENDUS PAR LES POPULATIONS ?
La révélation a fait l’effet d’un véritable pavé dans la mare. À Port-Gentil, capitale économique du Gabon, un audit interne déclenché par la nouvelle équipe municipale dirigée par Pascal Houangni Ambouroue a mis au jour une situation pour le moins préoccupante. 507 agents municipaux perçoivent un salaire sans disposer du moindre dossier administratif. Ni acte de recrutement, ni statut, ni cadre légal. Dans certains cas, le seul document versé au dossier serait une simple carte du Parti démocratique gabonais (PDG).
Ces agents existent en chair et en os, travaillent pour certains, mais leur présence dans les effectifs municipaux ne repose sur aucune base réglementaire identifiable. Les conclusions préliminaires de l’audit sont accablantes. Aucune trace administrative ne justifie leur recrutement. Plus grave encore, près de 2 % d’entre eux n’ont pas récupéré leurs bons de caisse. La moitié des effectifs de la mairie serait ainsi concernée par cette situation qui plonge la commune dans la tourmente.
Un audit qui fait l’effet d’un pavé dans la mare
À Port-Gentil, près de 90 % du budget communal seraient absorbés par la masse salariale, au détriment de l’investissement. Dans ces conditions, il devient difficile d’engager des projets structurants ou de répondre aux besoins essentiels des populations. Routes dégradées, éclairage public défaillant, insalubrité persistante. Les conséquences d’un tel déséquilibre budgétaire sont visibles.
Le budget 2025 de la mairie de Port-Gentil a pourtant été adopté, dans un contexte où l’assainissement budgétaire apparaît comme un impératif. Comment parler d’orthodoxie financière lorsque la quasi-totalité des ressources sert à payer des agents dont la situation administrative est floue ? Cette affaire met en exergue un gaspillage financier qui interroge sur la gestion passée de la commune.
Dans un pays classé 47e pays le plus corrompu au monde (Le Gabon est à la 135e place du classement de Transparency International sur 182 pays), selon les derniers indices internationaux, ce type de révélation ne fait qu’alimenter le scepticisme des citoyens. Les pratiques administratives et la rigueur budgétaire ne font pas bon ménage avec l’improvisation et les recrutements opaques.
Libreville et les autres chefs-lieux sous pression
L’audit de Port-Gentil pourrait-il faire jurisprudence ? À Libreville, le budget de l’exercice 2022 a été adopté à l’équilibre, en recettes et en dépenses, à hauteur de 26 371 948 320 francs CFA. Une enveloppe importante qui impose une gestion rigoureuse. Pierre Matthieu Obame Etoughe, maire de la capitale, sera-t-il tenté de lancer un audit similaire pour vérifier la conformité des effectifs municipaux ?
À Oyem, le budget primitif 2025 a été voté à plus d’un milliard de francs CFA sous la houlette du maire Sylvestre Mezui M’Obiang. À Franceville, Jean Pierre Doumbeneny administre une commune dont le budget primitif 2025 est arrêté à plus de 2 milliards 70 millions de FCFA. À Mouila, Fidèle Bouka pilote un budget de 1 068 828 492 FCFA pour l’exercice 2025.
Makokou, dirigée par Rita Estelle Milagolo, disposait en 2021 d’un budget arrêté à plus de 650 millions de FCFA. À Tchibanga, Pierre Boussougou gère un budget primitif 2024 de 713 322 502 FCFA. Koula-Moutou affichait près de 740 millions de FCFA pour l’exercice 2023. Quant à Lambaréné, sous l’autorité de Guy Pierre Biteghe, le budget prévisionnel 2025 s’élève à 748 millions FCFA.
Face à ces montants, une question s’impose. Les maires de ces autres chefs-lieux vont-ils, eux aussi, organiser les audits qu’attendent les populations ?
Silence, prudence ou peur des audits ?
L’initiative de Pascal Houangni Ambouroue a été saluée par certains observateurs comme un acte de courage politique. D’autres y voient un pari risqué, susceptible de révéler des pratiques similaires ailleurs. Le compte à rebours a commencé pour les exécutifs municipaux du pays.
Vont-ils tirer la sonnette d’alarme et procéder à un état des lieux de leurs effectifs ? Ou s’accommodent-ils de ces dérives, voire les favorisent-ils par calcul politique ? Dans certaines communes, le recrutement d’agents municipaux a longtemps servi de variable d’ajustement social ou de récompense partisane.
Des voix se sont déjà montées au créneau pour fustiger une gestion jugée piètre dans plusieurs municipalités. Des conseillers municipaux tirent à boulets rouges sur des exécutifs accusés d’opacité. Mais entre déclarations d’intention et actes concrets, l’espoir de parvenir à une entente sur des réformes profondes est bien mince.
L’impératif d’assainissement budgétaire
La question dépasse les clivages politiques. Elle touche à la crédibilité même des institutions locales à l’orée de la mise en oeuvre de la décentralisation. Les budgets municipaux, bien que variables d’une ville à l’autre, représentent des montants importants à l’échelle locale. Leur gestion doit répondre à des standards de transparence et d’orthodoxie financière.
Dans un contexte économique contraint, chaque franc CFA compte. L’assainissement budgétaire n’est plus une option, mais une nécessité. Les populations attendent des routes praticables, des marchés propres, des écoles entretenues et un éclairage public fonctionnel. Elles ne comprendraient pas que l’essentiel des ressources soit englouti dans des charges salariales irrégulières.
L’audit de Port-Gentil pourrait ainsi constituer un précédent. S’il va jusqu’au bout, avec des sanctions éventuelles et des régularisations conformes au droit, il pourrait servir de modèle. À défaut, il risquerait de rester un simple coup d’éclat.
Vers une nouvelle culture de gestion ?
Le Gabon traverse une période de recomposition politique et institutionnelle. Les nouvelles équipes municipales ont l’opportunité d’instaurer une culture de gestion plus rigoureuse. Encore faut-il qu’elles soient sur la même longueur d’onde quant à la nécessité de rompre avec certaines pratiques du passé.
Les audits internes ne doivent pas être considérés comme des règlements de comptes, mais comme des outils de gouvernance. Ils permettent d’identifier les dysfonctionnements, de corriger les anomalies et de restaurer la confiance.
À Port-Gentil, l’affaire des 507 agents sans dossier administratif restera comme un signal fort. Les autres maires, de Libreville à Oyem, de Franceville à Tchibanga, de Mouila à Makokou, de Koula-Moutou à Lambaréné, suivront-ils l’exemple?
La balle est désormais dans leur camp. Les citoyens, eux, observent. Et dans un pays où la lutte contre la corruption est devenue un enjeu majeur, ils attendent des actes concrets. Plus que jamais, la transparence et la rigueur ne font pas bon ménage avec l’opacité et le laisser-aller.
Identifier les dettes, les irrégularités, et les effectifs réels
Un maire doit organiser un audit au début de son mandat pour connaître la situation réelle de la commune, tant sur le plan financier qu’administratif. Cet exercice permet d’identifier les dettes, les irrégularités, les effectifs réels et d’éventuels cas de gaspillage financier. Il constitue un impératif en matière d’assainissement budgétaire et d’orthodoxie financière. L’audit renforce la transparence, restaure la confiance des citoyens et offre au nouvel exécutif une base saine pour gouverner efficacement.
Veiller à l’entretien des routes urbaines
Une mairie a pour mission d’administrer la commune et de répondre aux besoins quotidiens des populations. Elle assure l’état civil (naissances, mariages, décès), la gestion des affaires administratives locales et l’exécution du budget communal. Elle veille à l’entretien des routes urbaines, à l’éclairage public, à l’assainissement et à la salubrité. La municipalité planifie le développement local, délivre certaines autorisations (construire, occuper le domaine public) et met en œuvre les décisions du conseil municipal au service de l’intérêt général.