PAS DE RÉPONSE
Déposer un courrier auprès d'une administration est un acte banal pour de nombreux citoyens. Pourtant, au Gabon, cette démarche se heurte souvent à une attente interminable, sans réponse ni accusé de réception. Un silence administratif qui interroge et fragilise peu à peu la relation entre les usagers et les services publics. Pour certains citoyens, chaque dépôt de dossier ressemble à une peine perdue, tant les démarches semblent s’enliser dans les couloirs administratifs.
Le poids du silence administratif
L'administration gabonaise, pilier fondamental de l'État, repose en grande partie sur l'écrit pour encadrer et formaliser les échanges entre les citoyens et les services publics. Courriers, demandes et réclamations sont censés permettre un dialogue clair et structuré. Pourtant, après le dépôt d’un dossier, de nombreux usagers se heurtent à une absence totale de réponse, parfois depuis Mathusalem. Les documents finissent par devenir lettre morte, laissant les citoyens dans l’incertitude la plus totale.
Moubeka, citoyen gabonais, tente d’expliquer cette situation :
« Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer cette observation-là. Un, déjà que ce n'est pas les administrations qui lancent les appels d'offres, ou bien les appels à besoins de candidats sur ça, c'est un fait. Deux, aussi le service public gabonais a vraiment du mal à échanger avec les usagers. C'est paradoxal et c'est vraiment une situation à déplorer, et nous devons oeuvrer pour dynamiser effectivement les échanges entre les usagers et les administrations »
Des citoyens qui tournent en bourrique
Au fil du temps, cette absence de retour nourrit incompréhension, frustration et parfois même désespoir chez les usagers, qui ne savent plus à quel interlocuteur s’adresser. Beaucoup disent tourner en bourrique, ballotés d’un bureau à un autre, sans jamais obtenir d’informations claires.
Engouang, également citoyen gabonais, témoigne :
« Le fait de ne pas avoir des réponses quand tu pars déposer un dossier dans une administration, c'est vraiment compliqué. On dit seulement la seule chose, c'est qu'on va vous rappeler. Mais le rappel-là, vraiment, je ne sais pas si c'est en 2030 ou en 2040, c'est vraiment pénible, c'est vraiment pénible. On a constaté qu'au Gabon, tout se joue avec un parent devant. Si tu n'as pas un parent devant, c'est compliqué »
Une confiance qui s’effrite
À travers ces expériences répétées, c’est la relation de confiance entre les citoyens et l’administration qui semble progressivement s’effriter. Pour certains, continuer à déposer des dossiers relève presque du vœu pieux, tant les promesses de traitement restent sans suite.
Martial, citoyen gabonais, exprime son découragement :
« Vraiment, on est découragés. Au fur et à mesure, on fait deux fois, trois fois, quatre fois, on se déconnecte, on n'est plus concentrés, on n'a plus confiance en notre pays et en nos administrations. On le fait, mais après, ils ne le réalisent pas. Vraiment, c'est décevant, c'est embêtant de notre part. En tant que Gabonais dans notre pays, c'est emmerdant »
Réinventer le dialogue administratif
Face à ce constat, une question demeure : comment rétablir un dialogue administratif plus réactif ? Pour de nombreux observateurs, sans une réforme profonde des pratiques et une meilleure communication avec les usagers, les écrits, outils centraux de l’action publique, risquent de rester synonymes de silence.