DETTE PUBLIQUE DU GABON, CE QUE DISENT RÉELLEMENT LES CHIFFRES DU FMI
Certains acteurs politiques affirment que ce niveau serait la conséquence directe du changement de pouvoir intervenu en août 2023. Une lecture attentive des rapports du Fonds monétaire international (FMI) montre pourtant que cette interprétation est économiquement infondée. Une lecture attentive des rapports du Fonds monétaire international (FMI) montre pourtant que cette interprétation est économiquement infondée.
Une dette construite sur plusieurs années
La dette publique n’est jamais le résultat d’un événement soudain. Elle est le produit d’une accumulation de déficits budgétaires sur plusieurs exercices. Dans le cas du Gabon, les emprunts comptabilisés en 2023 ont été contractés entre 2019 et juin 2023, c’est-à-dire bien avant le changement politique d’août 2023.
Le FMI précise que la dette mesurée en 2023 intègre des engagements pris sous les lois de finances antérieures, exécutées par les gouvernements précédents. Autrement dit, le ratio de 70,5 % reflète un héritage budgétaire, et non une dette créée en quelques semaines.
Que disait la situation en 2022 selon le FMI ?
Les rapports du FMI montrent qu’en 2022, la dette publique du Gabon se situait à un niveau nettement inférieur à celui de 2023, autour de 55 à 60 % du PIB, selon les méthodes de consolidation utilisées à l’époque. Cette relative amélioration s’expliquait par la hausse temporaire des recettes pétrolières et une reprise post-Covid.
Cependant, le FMI souligne un point crucial, certaines dettes et arriérés n’étaient pas totalement intégrés dans les statistiques officielles. En 2023, un travail de réévaluation et de transparence a conduit à l’intégration : des arriérés de paiement envers les entreprises, de dettes intérieures accumulées, de garanties de l’État auparavant sous-estimées.
Cette révision explique une hausse apparente rapide du ratio dette/PIB.
Pourquoi l’État s’est-il endetté entre 2019 et 2023 ?
Les emprunts contractés sur cette période ont principalement servi d'après les membres de l'ancien régime à, financer des déficits budgétaires chroniques, payer salaires, pensions et subventions, refinancer d’anciennes dettes arrivées à échéance, soutenir l’économie après les chocs pétroliers et la crise sanitaire, couvrir des dépenses publiques peu compressibles.
Le FMI insiste sur le caractère structurel de ces déséquilibres, liés à la dépendance pétrolière et à la rigidité des dépenses publiques.
Un héritage lourd, mais un avenir à surveiller
Si le chiffre de 70,5 % ne peut être imputé au pouvoir en place depuis août 2023, cela ne signifie pas pour autant que les risques ont disparu. Le Gabon est aujourd’hui un pays entièrement en chantier, infrastructures, routes, énergie, hôpitaux, écoles. Ces investissements sont nécessaires, mais leur financement par l’endettement doit être strictement encadré.
Le FMI alerte sans discipline budgétaire et sans croissance économique soutenue, la dette pourrait dépasser 80 % du PIB dans les prochaines années.