COURRIERS DÉPOSÉS, DOSSIERS ENREGISTRÉS, MAIS AUCUNE SUITE
Au Gabon, de nombreux citoyens dénoncent une pratique devenue presque normale : déposer une correspondance ou un dossier administratif sans jamais recevoir de réponse. Qu’il s’agisse de demandes d’emploi, de stages ou de simples courriers officiels, le silence prolongé des administrations est perçu comme un mépris institutionnel et une source majeure de découragement. À l’échangeur du Charbonnage, ce jeudi 05 février 2026, nous avons recueilli des témoignages de quelques compatriotes.
Le silence administratif comme règle.
Edgar témoigne de son expérience face à ce mutisme devenu récurrent dans les administrations :
« Quand tu parles de poser les dossiers dans une administration, il n’y a pas de retour. On ne t’appelle pas, il n’y a rien de concret. On dépose les dossiers, mais il n’y a jamais de retour »
Selon lui, cette pratique est généralisée et concerne aussi bien les ministères que d’autres structures publiques :
« On dit seulement : “On va vous rappeler”. Mais ce rappel, on ne sait pas si c’est en 2030 ou en 2040. »
De même, il estime qu’aujourd’hui, déposer une correspondance équivaut à écrire dans le vide, sans aucune garantie de réponse :
« On envoie les dossiers, mais on n’a jamais de réponse. Même après six mois ou un an, rien. »
Il appuie ses propos en accentuant :
« C’est comme si on déposait un dossier juste pour remplir leurs bureaux. »
Ce silence prolongé, sans accusé de réception ni retour officiel même négatif est vécu comme un profond manque de considération :
« On fait l’effort d’écrire, de déposer un courrier, mais après, il n’y a aucun signe que le dossier a été examiné. »
Un dysfonctionnement reconnu du service public.
Interrogé sur cette réalité, Arnaud Moubeka reconnaît les limites de l’administration gabonaise dans la gestion des correspondances :
« Le service public gabonais a vraiment du mal à échanger avec les usagers. C’est une situation à déplorer. »
Il souligne la nécessité d’améliorer les mécanismes de réponse et de suivi :
« Nous devons œuvrer pour dynamiser effectivement les échanges entre les usagers et les administrations. »
Des démarches coûteuses, sans retour.
Au-delà du silence administratif, Marcel dénonce le poids financier que représente la constitution des dossiers.
« On te demande de constituer des dossiers avec plusieurs documents. Tout ça coûte de l’argent. »
Sans réponse après dépôt, le sentiment d’injustice grandit :
« Si tu déposes cinq fois un dossier sans jamais avoir de réponse, tu finis par baisser les bras. »
Un silence qui brise la confiance.
Pour Carly , cette absence de réponse entraîne des conséquences profondes :
« On a l’impression que la machine est en panne. On est censé faire valoir nos diplômes, mais les courriers que nous déposons n’aboutissent jamais. »
Il conclut sur un constat amer :
« À force de ne jamais recevoir de réponse, les jeunes perdent confiance dans les administrations et cherchent d’autres voies. »
Répondre, même pour dire non.
Au-delà de l’emploi, ces témoignages posent une question essentielle : celle du droit des citoyens à une réponse administrative. Pour beaucoup, le problème n’est pas seulement le refus, mais l’absence totale de communication.
À défaut d’une réponse, Carly dit préférer un refus clair au silence : « Même un non serait mieux que le silence. »
Le mutisme administratif apparaît ainsi comme un obstacle majeur à la relation entre l’État et les citoyens, appelant à une réforme urgente des pratiques de correspondance et de suivi des dossiers.