GABON : VERS UNE SOUVERAINETÉ HALIEUTIQUE AFFIRMÉE
En juin 2025, le Gabon a annoncé la dénonciation unilatérale de son Accord de partenariat de pêche durable (APPD) avec l’Union européenne, en vigueur depuis 2007. Ce choix marque un tournant stratégique dans la politique halieutique du pays et traduit une volonté affirmée de reprendre le contrôle de ses ressources marines, longtemps exploitées par des flottes étrangères.
Pour les autorités gabonaises, il ne s’agit plus seulement de rompre un accord, mais de poser les bases d’une nouvelle gouvernance des richesses maritimes, alignée sur les priorités nationales de développement.
Un partenariat jugé « déséquilibré »
L’APPD permettait à des navires européens, principalement espagnols et français, de pêcher dans les eaux gabonaises en échange d’une compensation financière annuelle. Mais le gouvernement estime aujourd’hui que les bénéfices tirés de cet accord ne reflètent ni la valeur réelle des captures ni les coûts liés à la surveillance maritime et à la préservation des écosystèmes.
Autre point central de critique : la quasi-absence de transformation locale du poisson, qui limite les retombées économiques, les créations d’emplois et la valeur ajoutée pour l’économie nationale.
Miser sur une filière halieutique nationale
À travers cette rupture, le Gabon ambitionne de structurer une filière de pêche intégrée, fondée sur la transformation locale, le développement d’infrastructures portuaires et l’essor d’une industrie thonière nationale. Le gouvernement du président Brice Clotaire Oligui Nguema a ainsi mis en place des fonds stratégiques destinés à soutenir les secteurs clés de l’économie, dont la pêche et l’aquaculture.
L’objectif est clair : faire de la pêche un levier durable de croissance, d’emplois et de recettes fiscales, tout en renforçant la souveraineté économique du pays.
Des défis à court terme
Cette orientation n’est pas sans risques. Le Gabon fait face à un déficit d’infrastructures de transformation, à des besoins importants en matière de surveillance maritime et à la perte immédiate de recettes issues de l’accord avec l’UE. Si certains acteurs, notamment les pêcheurs artisanaux, saluent une meilleure redistribution potentielle des ressources, d’autres soulignent les difficultés liées à la transition et à l’accès aux marchés.
Une relation à redéfinir avec l’Union européenne
Réagissant sans confrontation, l’Union européenne s’est dite ouverte à une renégociation sur de nouvelles bases, mettant en avant la coopération scientifique et le renforcement des capacités gabonaises. La décision de Libreville s’inscrit dans un mouvement régional plus large de remise en question des accords de pêche conclus avec l’UE.
Un signal fort pour l’Afrique
Au-delà du cas gabonais, cette rupture envoie un signal politique fort : celui d’une Afrique désireuse de mieux maîtriser l’exploitation de ses ressources naturelles. Reste désormais à transformer cette ambition en résultats concrets, en conciliant souveraineté, attractivité économique et durabilité environnementale.