MOBILISATION ET COURS SUSPENDUS
Le nord du Royaume du Maroc traverse depuis plusieurs jours un épisode météorologique particulièrement difficile, marqué par de fortes précipitations ayant provoqué d’importantes inondations dans plusieurs villes et provinces. De Tanger à Ksar El-Kébir, en passant par Larache, Sidi Kacem et Taounate, les crues des oueds, les routes submergées et les évacuations préventives rythment le quotidien des habitants, tandis que les autorités multiplient les mesures d’urgence pour limiter les dégâts et préserver les vies humaines.
Ksar El-Kébir au cœur de la crise
La ville de Ksar El-Kébir, relevant de la province de Larache, figure parmi les zones les plus durement touchées. La montée rapide du niveau de l’oued Loukkos, alimentée par des pluies exceptionnelles tombées en quelques heures, a entraîné l’inondation de plusieurs quartiers situés en zones basses. Face à la gravité de la situation, les autorités locales ont ordonné l’évacuation préventive de nombreux habitants et la fermeture temporaire de plusieurs accès à la ville.
Des barrières métalliques ont été installées aux entrées de quartiers exposés afin d’empêcher toute circulation, tandis que des patrouilles de la police, appuyées par les Forces auxiliaires et des unités des Forces armées royales, assurent la sécurité des zones évacuées et la protection des biens des riverains.
Suspension des cours pour garantir la sécurité
Dans ce contexte, la direction provinciale de l’Éducation nationale de Larache a annoncé la suspension exceptionnelle des cours dans les établissements scolaires de Ksar El-Kébir, du lundi 2 février au samedi 7 février. Cette décision, prise en coordination avec la cellule de veille provinciale, les autorités locales et l’Académie régionale d’éducation et de formation de Tanger–Tétouan–Al Hoceima, vise à préserver la sécurité des élèves et du personnel éducatif.
Selon Mohamed El Baali, directeur provincial de l’éducation, les fortes précipitations ont rendu les déplacements difficiles et provoqué des infiltrations d’eau dans cinq établissements scolaires, ainsi que l’inondation des abords de plusieurs autres. Au total, 69 structures scolaires, publiques et privées, sont concernées par cette mesure, touchant près de 35 000 élèves, dont environ 15 000 dans le primaire et 5 000 dans le préscolaire.
Pour atténuer l’impact pédagogique de cette suspension, les autorités éducatives ont opté pour une continuité pédagogique à distance, accompagnée de séances de rattrapage et de soutien dès la reprise des cours.
Universités et routes également impactées
Les perturbations météorologiques ne se sont pas limitées au cycle scolaire. L’Université Abdelmalek Essaâdi a, elle aussi, annoncé la suspension des cours à compter du 2 février, en raison des conditions climatiques annoncées dans la région nord.
Sur le plan des infrastructures, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a indiqué que la circulation est temporairement interrompue sur la Route nationale N°1 reliant Souk Larbaa à Ksar El-Kébir, ainsi que sur la route régionale N°410 reliant Larache à Ksar El-Kébir. La montée des eaux de l’oued Loukkos et le remplissage maximal du barrage Oued El Makhazine ont entraîné la submersion de la chaussée, rendant tout passage dangereux.
Vigilance maximale dans le bassin du Sebou
Plus au sud, la province de Sidi Kacem est également confrontée à une situation préoccupante. La montée inquiétante du niveau de l’oued Sebou a conduit les autorités locales à déclencher des opérations d’évacuation préventive dans plusieurs zones menacées. Ces mesures visent à protéger les habitants et leurs biens face à un risque d’inondation accru.
Les fortes pluies ont également provoqué d’importantes perturbations de la circulation. Dans la nuit du samedi 31 janvier 2026, à la suite du lâcher du barrage Al Wahda, le trafic ferroviaire a été temporairement suspendu entre Sidi Kacem et Mechraa Bel Ksiri, affectant l’axe Tanger–Fès. L’ONCF a mis en place des itinéraires alternatifs, notamment via Kénitra, afin d’assurer la continuité du service.
Taounate et le nord-est en alerte
Dans la province de Taounate, la direction provinciale de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a annoncé la suspension des cours dans l’ensemble des établissements scolaires publics et privés, les 2, 3 et 4 février 2026. Cette décision intervient en prévision de nouvelles perturbations météorologiques susceptibles d’aggraver la situation hydrologique dans la région.
Les autorités locales et les équipes d’intervention demeurent mobilisées en permanence, assurant un suivi continu de l’évolution des niveaux des oueds et intervenant rapidement en cas de nécessité.
Une mobilisation nationale sous hautes instructions royales
Face à l’ampleur de ces intempéries, d’importants moyens humains et logistiques ont été mobilisés, notamment les éléments des Forces armées royales, conformément aux hautes instructions royales. Des centres d’hébergement temporaires ont été aménagés pour accueillir les familles évacuées, tandis que les services de la protection civile poursuivent leurs interventions sur le terrain.
Les grandes inondations ayant marqué le Maroc ces dernières années
Ces événements rappellent que le Maroc a été frappé à plusieurs reprises par des inondations majeures au cours de la dernière décennie :
Guelmim (2014) : des pluies torrentielles ont causé des crues soudaines, faisant des dizaines de victimes et d’importants dégâts matériels.
Régions de Tata et Taroudant (2020) : des inondations ont touché plusieurs communes rurales, isolant des villages et détruisant des infrastructures.
Casablanca et le littoral atlantique (2021) : de fortes pluies ont paralysé la métropole économique, provoquant d’importantes perturbations du trafic et des dégâts aux habitations.
Régions du Moyen Atlas et du centre du pays (2023) : des crues violentes ont affecté routes, barrages et zones agricoles, causant des pertes humaines et économiques notables.
Bilan humain et matériel des principales inondations récentes
Au total, les grandes inondations survenues au Maroc ces dernières années ont fait plusieurs dizaines de morts, entraîné des milliers d’évacuations, causé la destruction ou la dégradation de centaines de logements, ainsi que des dégâts importants aux infrastructures routières, scolaires et agricoles. Ces catastrophes ont également mis en lumière la vulnérabilité de certaines régions face aux aléas climatiques et l’importance de renforcer les dispositifs de prévention, d’aménagement hydraulique et d’alerte précoce.
Alors que les intempéries actuelles se poursuivent, les autorités appellent les citoyens à la vigilance et au respect strict des consignes de sécurité, en attendant une amélioration des conditions météorologiques dans les jours à venir.