tvplusafrique

International

LE TOGO CONFIRME

LE TOGO CONFIRME
Paul-Henri Sandaogo Damiba, ex-président burkinabè renversé en 2022, extradé du Togo vers Ouagadougou, accusé de tentatives de putsch et corruption, retour sous enquête dans un Burkina Faso instable.

L’ancien dirigeant militaire du Burkina Faso, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été extradé par le Togo vers Ouagadougou, samedi 17 janvier, mettant fin à plus de trois ans d’exil après son renversement en septembre 2022. Cette opération intervient dans un contexte de forte tension politique et sécuritaire au Burkina Faso, où la junte dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré considère l’ex-président de transition comme une menace directe.


Un exil interrompu après trois ans au Togo


Depuis sa chute en septembre 2022, Paul-Henri Sandaogo Damiba vivait sous protection à Lomé, la capitale togolaise. Le lieutenant-colonel, qui avait été renversé par un jeune officier de son propre camp, y avait trouvé refuge dans le cadre d’un accord négocié avec le capitaine Traoré pour éviter un bain de sang au sein de l’armée. Selon cet accord, il bénéficiait d’une amnistie personnelle et militaire, et devait être protégé jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel prévu initialement pour 2024.


Mais cet exil a été remis en question à partir de novembre 2024, lorsque Paul-Henri Sandaogo Damiba et quatorze autres officiers ont été radiés de l’armée burkinabè pour “intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes” visant à déstabiliser le pays. Depuis, le capitaine Traoré avait exprimé à plusieurs reprises son souhait de voir l’ex-président rapatrié pour répondre de ces accusations.


Des accusations de tentative de putsch répétées


Le Burkina Faso accuse régulièrement Damiba d’avoir fomenté des coups d’État depuis son exil. La dernière tentative présumée remonte au 3 janvier 2026, selon le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana. L’action aurait visé une “série d’assassinats ciblés” contre des autorités civiles et militaires, avec pour objectif principal la neutralisation de Traoré.


Ces accusations ont été relayées par la télévision d’État, qui a diffusé des vidéos d’aveux de complices présumés, attribuant la responsabilité de ces manœuvres à Damiba. L’opposition interne étant quasiment inexistante dans le pays, toute contestation est rapidement neutralisée, parfois par des enrôlements forcés pour le front, dans le cadre de la loi sur la mobilisation générale contre le terrorisme.


Le parcours fulgurant de Paul-Henri Sandaogo Damiba


Paul-Henri Sandaogo Damiba avait pris le pouvoir le 24 janvier 2022, à la tête d’un groupe de militaires mutins, en renversant le président élu de l’époque, Roch Marc Christian Kaboré. Il justifiait son coup d’État par la détérioration de la sécurité nationale, face à la multiplication d’attaques djihadistes, notamment par Al-Qaïda au Maghreb islamique et l’État islamique.


Huit mois plus tard, le 30 septembre 2022, Damiba était renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui dénonçait à son tour l’incapacité de l’ex-président de transition à enrayer l’insécurité. Dans le cadre d’une négociation prudente, Damiba accepta de céder le pouvoir sous certaines conditions : amnistie pour lui et ses proches, poursuite de la réconciliation nationale et respect des échéances prévues pour le retour à l’ordre constitutionnel.


Cet accord, qui avait permis son exil au Togo, n’a cependant pas empêché la junte de l’accuser par la suite de tentatives répétées de déstabilisation.


L’extradition du Togo : procédure et garanties


Le 16 janvier 2026, Damiba a été interpellé à son domicile à Lomé, en exécution du mandat d’arrêt international et de la demande d’extradition formulée par Ouagadougou. Le Togo a précisé dans un communiqué avoir répondu favorablement à cette requête, en s’assurant que l’ancien dirigeant burkinabè bénéficierait d’un procès équitable et ne serait pas soumis à la peine de mort, récemment rétablie au Burkina Faso pour les crimes de haute trahison.


Selon le correspondant régional de France 24, Serge Daniel, “des hommes sont venus le chercher à son domicile, lui ont remis une valise avec ses effets personnels, et l’ont conduit le lendemain à l’aéroport pour son transfert vers Ouagadougou.” L’extradition intervient après plusieurs années de pressions diplomatiques de la part de Ouagadougou et après que la junte a dénoncé une nouvelle tentative de putsch à la fin de l’année 2025.


Une situation sécuritaire toujours critique


Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Traoré a prolongé la transition jusqu’en 2029 et mène une politique souverainiste, particulièrement hostile à l’influence française, autrefois prépondérante au Sahel. Malgré ses promesses de restaurer la sécurité, le pays reste plongé dans une situation critique : les violences djihadistes continuent de provoquer des milliers de morts et de déplacements massifs de populations.


Dans ce contexte, la junte accuse régulièrement des puissances étrangères et des groupes régionaux de soutenir des tentatives de déstabilisation, tandis que toute opposition interne est fortement réprimée. Le pouvoir militaire s’appuie sur des mesures strictes, comme les enrôlements forcés et le contrôle médiatique, pour maintenir l’ordre.


Le Burkina Faso et l’Alliance des États du Sahel


La politique de Traoré s’inscrit dans une démarche régionale. Le Burkina Faso, avec le Niger et le Mali, a formé l’Alliance des États du Sahel (AES), en coopération avec la Russie, après avoir expulsé les forces françaises engagées contre les groupes djihadistes. Cette alliance marque un virage souverainiste et anti-impérialiste, contrastant avec la position plus traditionnelle de la CEDEAO, dont le Togo fait toujours partie.


Lomé occupait une position stratégique, offrant un accès maritime aux trois pays sahéliens enclavés, ce qui explique en partie la coopération togolaise dans le cadre de l’extradition de Damiba.


Le retour de Paul-Henri Sandaogo Damiba à Ouagadougou ouvre une phase judiciaire cruciale. Le gouvernement burkinabè a insisté sur le respect des procédures légales, avec l’assurance que l’ex-président bénéficierait d’un procès équitable et ne serait pas condamné à mort. Néanmoins, l’ombre de l’instabilité plane sur le pays : l’affaire pourrait exacerber les tensions au sein de l’armée et raviver les rancunes liées aux putschs successifs de 2022.


Pour le moment, les autorités burkinabè n’ont pas précisé la date exacte de l’ouverture du procès, mais la situation est suivie de près par la communauté internationale et les médias régionaux, conscients que l’issue pourrait influencer la stabilité du Sahel dans les mois à venir.


Un passé qui continue de peser


L’extradition de Damiba rappelle combien le Burkina Faso reste vulnérable aux crises politiques et militaires. L’ancien président de transition, qui avait promis de sécuriser le pays face aux attaques djihadistes, est aujourd’hui perçu comme un destabilisateur potentiel par la junte au pouvoir. Les accusations répétées de tentative de coup d’État illustrent la fragilité des institutions et la militarisation de la vie politique.


Dans un contexte où le pays est déjà confronté à une grave insécurité et à des tensions régionales, le retour de Damiba pourrait devenir un facteur supplémentaire de discorde ou, à l’inverse, un symbole du respect de la loi et du processus judiciaire.


Un retour lourd de symboles


L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba du Togo vers le Burkina Faso marque la fin d’un exil de plus de trois ans et ouvre un nouveau chapitre dans la politique tumultueuse du pays. Entre accusations de putschs, tensions militaires et contexte sécuritaire dramatique, le procès à venir s’annonce déterminant pour la junte au pouvoir et pour la stabilité régionale.


Le Burkina Faso se trouve ainsi à la croisée des chemins : continuer une transition militarisée prolongée jusqu’en 2029, ou tenter de restaurer une légitimité institutionnelle face aux critiques et aux crises sécuritaires qui perdurent.


Qui est Paul-Henri Sandaogo Damiba ?


Né le 2 janvier 1981 à Ouagadougou, Paul-Henri Sandaogo Damiba est un officier supérieur de l'armée burkinabè. Il a dirigé la Transition au Burkina Faso du 31 janvier au 30 septembre 2022. Formé au Prytanée militaire de Kadiogo (promotion 1992) et à l'Académie militaire de Pô (7ᵉ promotion), il a également suivi une formation militaire en France. Sa carrière l'a conduit à commander des unités à Dori et à Ouahigouya, avant d'intégrer l'ex-Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) sous Blaise Compaoré. Il quitte cette unité après les mutineries de 2011 et comparaît par la suite dans les procès liés à la tentative de coup d'État de 2015. En décembre 2021, dans un contexte sécuritaire marqué par l'attaque djihadiste d'Inata ayant fait une cinquantaine de morts, il est nommé commandant de la 3ᵉ région militaire par le président Roch Marc Christian Kaboré. Un mois plus tard, le 24 janvier 2022, il renverse ce dernier et prend le pouvoir à la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). En 2021, Paul-Henri Sandaogo Damiba publie l'ouvrage "Armées ouest-africaines et terrorisme : des réponses incertaines ?", dans lequel il développe une réflexion critique sur les stratégies de lutte contre le terrorisme dans la région. Paul-Henri Sandaogo Damiba est radié des forces armées en novembre 2024, avec 15 autres officiers, par les autorités militaires du Burkina Faso.


 


 

Par Pamphil

Top Articles