ARTISANAT GABONAIS : TRÉSOR OUBLIÉ ?
Un secteur stratégique au cœur des politiques publiques.
Riche de son patrimoine culturel et de ses savoir-faire, l’artisanat gabonais traverse une phase décisive de son évolution. Porté par une volonté politique affichée, le secteur demeure toutefois confronté à des difficultés structurelles qui freinent son plein essor.
Au sommet de l’État, le message est clair. « L'artisanat est au cœur des politiques publiques aujourd'hui à l'orée de la Ve République. Nous sommes très attendus par des actes palpables, viables », affirme Madame la Ministre de l'artisanat, lors de l’échange avec les artisans, le mercredis 14 janvier 2026 à la CNAMG. Une déclaration qui consacre l’artisanat comme levier de développement économique et culturel, tout en soulignant l’exigence de résultats concrets.
La réalité du terrain, la parole aux artisans.
Mais au-delà des orientations institutionnelles, ce sont les acteurs de terrain qui donnent la mesure des enjeux. Les témoignages de Vanessa Idiata, styliste et fondatrice de Dimbo Van Design, et de Yufred Nkoghe Nze, architecte d’intérieur et designer, illustrent les dynamiques actuelles du secteur.
Pour Vanessa Idiata, l’artisanat reste un « secteur très important » au potentiel encore largement inexploité. Si elle reconnaît les efforts de structuration, notamment à travers la Chambre Nationale des Métiers de l’Artisanat du Gabon (CNMAG), elle estime que le développement demeure insuffisant. « L’artisanat est porteur, rentable et créateur d’emplois », rappelle-t-elle, appelant à des politiques publiques plus offensives.
Visibilité et communication : un maillon faible.
Les deux créateurs s’accordent sur les principaux freins au développement du secteur. Le premier concerne la communication et la visibilité. « Sans la communication, les choses ne peuvent pas aller bien », insiste Yufred Nkoghe Nze, pour qui une meilleure valorisation des produits est indispensable. Un constat partagé par Vanessa Idiata, qui souligne les difficultés des artisans à se promouvoir, notamment sur les plateformes numériques.
Former, accompagner et ouvrir les marchés.
Autre enjeu majeur : l’accompagnement. Pour Vanessa Idiata, le soutien aux artisans ne doit pas se limiter au financement. Elle plaide pour des formations adaptées, des partenariats et un meilleur accès aux marchés, afin de permettre aux produits « made in Gabon » de s’exporter et aux activités artisanales de gagner en échelle.
Des attentes fortes envers les nouvelles autorités.
L’arrivée du nouveau ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, le Professeur Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, suscite de fortes attentes. « Nous ne sommes plus à l’heure du discours, mais à celle des actes », tranche Yufred Nkoghe Nze, appelant à des mesures concrètes en faveur des artisans, qu’il qualifie de « bâtisseurs ».
Un potentiel à libérer.
Malgré les obstacles, l’artisanat gabonais s’impose comme un levier stratégique de diversification économique. À condition que les ambitions politiques se traduisent rapidement en actions concrètes, capables de libérer le potentiel d’un secteur à la fois créateur de richesses et porteur d’identité culturelle.