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POUR UN RIEN, UN BÉBÉ ABANDONNÉ

POUR UN RIEN, UN BÉBÉ ABANDONNÉ
Abandon de bébés au Gabon : un drame récurrent touchant villes et campagnes, lié à la précarité, aux grossesses non désirées, au manque de soutien, appelant prévention et actions urgentes.

Libreville, Port-Gentil, Oyem, Lambaréné, Mouila, Tchibanga, Koulamoutou, Franceville. Derrière ces villes se cache une réalité brutale et récurrente : des nouveau-nés retrouvés dans des poubelles, des latrines, des buissons, des maisons abandonnées, parfois même enfermés dans des sachets au cœur de la forêt. En ville comme en campagne, le phénomène de l’abandon de bébés continue de choquer l’opinion publique gabonaise, sans pour autant disparaître.


Une scène devenue trop fréquente


Chaque année, les faits divers relatant la découverte d’un nourrisson abandonné se multiplient. Ce sont souvent des passants, des agents municipaux ou des riverains qui donnent l’alerte après avoir entendu des pleurs ou senti une odeur inhabituelle. Quand l’enfant est encore en vie, il est pris en charge en urgence par les services de santé ou une ONG, ou le Samu Social gabonais. Quand il ne l’est plus, l’émotion laisse place à l’indignation, puis au silence.


Ce qui frappe, c’est la banalisation du drame. « On dirait que cela ne surprend plus personne », confie une habitante de Libreville. Pourtant, derrière chaque bébé abandonné se cache une histoire complexe, marquée par la peur, la précarité et l’isolement.


Des profils multiples, une détresse commune


Contrairement aux idées reçues, l’abandon de bébés ne concerne pas uniquement les femmes des milieux défavorisés. Des jeunes filles issues de familles aisées sont aussi mises en cause. Mais dans la majorité des cas, il s’agit de femmes pauvres, sans emploi stable, vivant dans les quartiers populaires.


Beaucoup sont très jeunes, parfois mineures. Certaines sont encore élèves, lycéennes ou étudiantes. D’autres survivent grâce à des petits commerces informels ou à la prostitution. Toutes partagent un point commun : l’absence de soutien réel au moment de la grossesse.


Grossesses non assumées, paternités floues


L’une des causes les plus souvent évoquées est l’impossibilité d’identifier clairement le père de l’enfant. Dans certains cas, la femme entretenait plusieurs relations à la même période, rendant toute certitude difficile. Dans d’autres, le géniteur nie catégoriquement la grossesse ou refuse toute responsabilité.


Faire un test ADN reste hors de portée pour la majorité de ces femmes. Le coût est élevé et aucune prise en charge systématique n’existe. Sans preuve, la parole de la mère est souvent mise en doute, la laissant seule face à une grossesse non désirée et socialement condamnée.


Le poids du regard social


Au Gabon, comme dans beaucoup de sociétés, la grossesse hors mariage reste stigmatisée. Pour une jeune fille, tomber enceinte peut signifier l’exclusion familiale, l’abandon scolaire, la honte publique. Pour une femme adulte, c’est parfois la perte d’un emploi ou le rejet du compagnon.


Certaines femmes disent « aimer la vie », vouloir continuer à sortir, travailler, exister socialement. L’enfant apparaît alors comme un obstacle insurmontable. Faute d’accompagnement psychologique et social, la détresse peut conduire à des décisions extrêmes.


Prostitution et vulnérabilité accrue


Dans les bas quartiers, de nombreuses femmes se prostituent pour survivre. Les grossesses issues de ces relations sont particulièrement difficiles à assumer. Quand le père est un élève, un lycéen ou un étudiant, il n’a ni les moyens ni parfois la maturité pour prendre en charge un enfant. Quand il s’agit d’un client occasionnel, il disparaît sans laisser de trace.


La femme se retrouve alors face à un dilemme cruel : garder un enfant sans ressources ou l’abandonner pour tenter de survivre.


Un cadre légal et social insuffisant


Si la loi gabonaise réprime l’abandon d’enfants, la prévention reste faible. Les centres d’accueil d'enfants abandonnés sont insuffisants  et mal équipés. L’éducation sexuelle demeure insuffisante, et l’accès à la contraception n’est pas toujours garanti, surtout en milieu rural.


Les ONG et les églises tentent de combler le vide, mais leurs moyens sont limités. « On arrive souvent trop tard », reconnaît une travailleuse sociale à Port-Gentil.


Briser le silence pour sauver des vies


L’abandon de bébés n’est pas qu’un fait divers : c’est un problème de société. Il interroge la responsabilité collective, le rôle des familles, des hommes, de l’État. Tant que la grossesse non désirée sera vécue comme une honte, tant que les femmes seront laissées seules face à leurs choix, ces drames continueront.


Parler, prévenir, accompagner : ce sont les seuls moyens de faire reculer un phénomène qui, pour un rien, continue de coûter la vie à des innocents.

Par Pamphil

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