JUSQU’AU 9 JANVIER
Au Gabon, la tension sociale dans le secteur de l’éducation nationale connaît une nouvelle hausse d’un cran. Le Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA) et le Syndicat National de l’Enseignement Technique et Professionnel (SYNETECHPRO) ont annoncé, mardi 6 janvier 2026 à Libreville, la reconduction de leur mouvement de grève jusqu’au vendredi 9 janvier. Une décision qui vient compromettre la reprise normale des cours et plonger davantage le système éducatif dans une impasse déjà bien connue.
Réunis devant leurs membres et la communauté éducative, les responsables syndicaux ont dressé un tableau sombre de la situation, dénonçant le silence persistant des autorités face à un cahier de charges pourtant déposé depuis plusieurs semaines. Selon eux, le ministère de l'Education nationale campe sur ses positions, laissant s’enliser des dossiers administratifs qui constituent aujourd’hui la principale pomme de discorde.
Une grève annoncée comme un dernier recours
Dès l’entame de la déclaration, le ton est donné. Le porte-parole rappelle que la mobilisation n’est pas un fait nouveau, mais la suite logique d’un processus entamé en décembre dernier. « Nous sommes en grève depuis le 10 du mois dernier », a-t-il déclaré. Il a souligné que les syndicats avaient respecté la trêve des fêtes avant de reprendre leur action.
La grève d’avertissement menée du 10 au 13 décembre 2025 n’a pas produit les effets escomptés. Malgré une rencontre avec le ministre de l’Enseignement supérieur, alors en charge de l’intérim de l’Éducation nationale, les attentes des enseignants sont restées lettre morte. « Le cahier de charges déposé sur la table du gouvernement demeure jusque-là sans suite », a regretté le porte-parole, pointant un mutisme qu’il qualifie de coupable.
Des revendications administratives au cœur du conflit
Au centre de cette mobilisation se trouvent plusieurs points d’achoppement liés à la gestion des carrières. Les syndicats dénoncent des situations administratives bloquées depuis des années : intégrations non effectives, reclassements retardés, avancements gelés, paiements de vacations en souffrance. Autant de problèmes qui minent le moral des enseignants et fragilisent l’ensemble du système éducatif.
Pour les responsables syndicaux, il devient de plus en plus difficile de faire des omelettes sans casser les œufs. La patience a atteint ses limites, d’autant que les promesses du ministère de l'Education nationale tardent à se concrétiser. « Les principales revendications contenues dans notre cahier de charges tournent autour des régularisations des situations administratives », a rappelé le porte-parole, insistant sur l’urgence d’une réponse structurée.
La proposition d’une sortie de crise
Face à cette crise persistante, le SENA et le SYNETECHPRO ne se contentent pas de dénoncer. Ils avancent également des propositions concrètes. Les deux syndicats plaident pour la mise en place d’une commission interministérielle chargée de traiter l’ensemble des dossiers en attente, avec l’instauration d’un budget unique pour plus d’efficacité.
Dans un souci de transparence, ils demandent un compte rendu mensuel des travaux et l’affichage public des listes de dossiers régularisés. « Nous proposons, pour une sortie de crise, la mise en place d’une commission interministérielle chargée de la régularisation des situations administratives », a précisé le porte-parole, appelant à un changement de méthode.
Le spectre des vacations impayées
Parmi les sujets qui mettent de l’huile sur le feu figure la question des vacations. De nombreux enseignants affirment avoir travaillé sans percevoir leurs dus, parfois depuis plusieurs années. Une situation jugée humiliante par les syndicats, qui estiment que l’État ne peut continuer à demander des sacrifices sans contrepartie.
« Les enseignants ont travaillé, il faut qu’ils rentrent dans leurs droits », a martelé un responsable syndical, rappelant que le paiement des vacations fait partie intégrante des revendications actuelles. Les syndicats proposent même un calendrier précis, à l’image des anciennes pratiques, afin d’éviter l’accumulation des arriérés.
Un sentiment de mépris profondément ancré
Au fil de la déclaration, un sentiment revient avec insistance : celui du mépris. Pour les syndicats, l’enseignant est devenu la variable d’ajustement d’un système qui fonctionne mal. « L’enseignant est l’être le plus méprisé de la République », a lancé le porte-parole, dans une tirade qui a trouvé un écho particulier parmi les militants présents.
Cette perception nourrit la colère et explique la détermination des syndicats à poursuivre la lutte jusqu'au bout. Selon eux, les changements de régimes et de gouvernements n’ont jamais permis de régler durablement les problèmes structurels de l’éducation nationale.
Un appel au calme, sans renoncer à la lutte
Malgré la fermeté du ton, les syndicats affirment ne pas vouloir entrer dans une escalade verbale. Ils appellent la communauté éducative au calme et à la responsabilité, tout en maintenant la pression sur les autorités. « Nous appelons la communauté éducative à se calmer », a déclaré un autre intervenant. Il a souligné que l’objectif reste la régularisation des situations administratives dans l’intérêt de tous.
Pour le SENA et le SYNETECHPRO, il ne s’agit pas de négocier indéfiniment, mais d’attendre des actes concrets. « L’heure n’est plus au bavardage », a conclu le porte-parole, estimant que le gouvernement dispose déjà de tous les éléments nécessaires pour agir.
Une reprise des cours toujours incertaine
En reconduisant la grève jusqu’au 9 janvier 2026, les deux syndicats laissent planer une lourde incertitude sur la reprise effective des enseignements. Si aucune avancée notable n’est enregistrée, le mouvement pourrait se prolonger, voire s’élargir, dans un contexte où d’autres organisations syndicales du secteur restent également mobilisées.
Alors que le torchon brûle et que les positions semblent figées, la crise actuelle illustre une fois de plus les fragilités structurelles du système éducatif gabonais. Le ministère de l'Education nationale pourra-t-il désamorcer cette nouvelle hausse de tension ou bien le secteur s’enfoncera davantage dans une impasse ?