FACE-À-FACE MOLINA–MOUYOUMA
Un rappel brutal sur Facebook
La polémique a pris une ampleur nouvelle après la publication, sur la page Facebook de Romain Molina, d’une réponse cinglante adressée à Thierry Mouyouma. Le journaliste français d’investigation, connu pour ses enquêtes sur les dérives du football mondial, n’a pas mâché ses mots. Dès l’entame, il plante le décor et le ton : « puisque j'ai été très gentil, mais quand on parle d'abus sur mineurs, je suis moins gentil ». Une phrase-choc qui annonce une mise au point sans concession.
Des faits judiciaires brandis comme preuves
Face aux accusations de manque de preuves, Molina déroule une liste précise de dossiers ayant conduit à des arrestations et des condamnations. Il affirme : « Capello, Orphée Mikala, Triphel "Kolo" Mabicka et Paul Lambert Nguema Ebang Toung dit Lumière ont été arrêtés, écroués et emprisonnés pour abus sur mineurs » Pour le journaliste, ces décisions de justice suffisent à établir la réalité des crimes dénoncés.
Il élargit ensuite le champ au-delà du football, soulignant le caractère systémique du problème : « Dans le taekwondo gabonais, Martin Avera dit "Maître Chaka" a connu le même sort. » Et d’ajouter, pour le tennis : « Dans le tennis gabonais, Dandhy Poaty a aussi fait le même séjour. » Une manière de montrer que les abus ne se limitent pas à une seule discipline.
La FIFA mise en cause
Romain Molina invoque également une reconnaissance internationale du phénomène. Selon lui, « Quant à la FIFA, elle a reconnu publiquement l'existence d'un réseau pédocriminel au Gabon ». Une déclaration lourde de conséquences, renforcée par la sanction suprême infligée à l’un des accusés : « et a même banni Capello à vie pour cela. » Pour Molina, ces éléments constituent un dossier « solide », bâti sur des faits et non sur des rumeurs.
Le silence reproché aux responsables
Mais au-delà des preuves judiciaires, le journaliste attaque frontalement l’attitude des dirigeants et acteurs du football gabonais. Il reproche à Thierry Mouyouma d’avoir su sans agir, estimant : « Dans un autre tweet, vous avez l'outrecuidance de reconnaître l'existence des abus MAIS JE NE VOUS AI JAMAIS ENTENDU SUR LE SUJET. » Cette accusation de silence complice est au cœur de sa charge.
Molina va plus loin, opposant protection des jeunes et intérêts financiers : « entre la sécurité des jeunes gabonais et vos revenus, visiblement, il y a des priorités. » Une phrase qui résume l’essence de son indignation.
La défense de Thierry Mouyouma
Avant cette réponse musclée, Thierry Mouyouma avait lui-même réagi sur sa page Facebook, selon une capture d’écran largement partagée. Il y mettait en doute la crédibilité du journaliste en lançant : « Molina a t il déjà prouvé ses élucubrations un jour ? » Une question provocatrice, suivie d’une exigence explicite : « s'il ne ment qu'il apporte une preuve ou que sa source AFC le fasse ».
Ces propos traduisent une défiance persistante vis-à-vis des enquêtes de Molina, six ans après les premières révélations. Pour Mouyouma, l’absence de nouvelles procédures médiatisées serait le signe d’un dossier fragile.
Un débat qui dépasse les personnes
L’échange entre les deux hommes dépasse pourtant la simple querelle personnelle. Il met en lumière un enjeu majeur : la protection des mineurs dans le sport et la responsabilité morale de ceux qui l’encadrent. En rappelant des condamnations, des sanctions internationales et des silences jugés coupables, Romain Molina entend forcer un débat public que beaucoup auraient préféré éviter.
Cette confrontation, aussi violente soit-elle dans les mots, pose une question essentielle au sport gabonais : comment garantir que la performance et l’économie ne prennent jamais le pas sur la sécurité et la dignité des plus jeunes ? Tant que cette interrogation restera sans réponse claire, la polémique continuera d’enfler, bien au-delà des pages Facebook.