REFONDATION ÉCONOMIQUE AMBITIEUSE
Dans son discours à la Nation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a consacré une large part de son intervention aux enjeux économiques, au moment où le Gabon tente de sortir durablement d’une période de fragilisation financière héritée de plusieurs années de mauvaise gouvernance. Entre redressement des finances publiques, reprise en main des secteurs stratégiques, investissements structurants et lutte contre les déséquilibres sociaux, le chef de l’État a esquissé les contours d’une stratégie économique fondée sur la souveraineté, la rigueur et la relance.
Une économie lourdement grevée par l’héritage de la dette
Le constat dressé par le président est sans équivoque : l’économie gabonaise demeure profondément affectée par un endettement massif contracté sous le régime précédent. Depuis le 30 août 2023, l’État a consacré près de 3 142 milliards de francs CFA au remboursement de la dette intérieure et extérieure. Un effort financier considérable, qui pèse sur les marges de manœuvre budgétaires mais que les autorités estiment indispensable pour restaurer la crédibilité financière du pays.
Face à cette situation, le choix opéré par l’exécutif a été celui d’un équilibre délicat entre rigueur budgétaire et maintien de l’investissement public, afin d’éviter un ralentissement brutal de l’activité économique. Cette approche vise à préserver la capacité de l’État à financer les projets structurants tout en maîtrisant les déficits et en respectant les engagements financiers.
Reprendre le contrôle des secteurs stratégiques
L’un des axes majeurs de la politique économique présentée repose sur le renforcement de la souveraineté nationale dans les secteurs clés. Le président a ainsi rappelé plusieurs opérations de rachat stratégiques engagées par l’État, notamment dans le secteur des hydrocarbures et des ressources naturelles.
Le rachat d’Assala Energy, de Tullow Oil, de la Société des Magasins Pétroliers d’Afrique (SMPA) et de la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG) s’inscrit dans cette logique de reprise en main des leviers économiques jugés essentiels. À travers ces opérations, les autorités entendent mieux capter la valeur ajoutée issue de l’exploitation des ressources nationales et améliorer les recettes publiques à moyen et long terme.
Valorisation des ressources minières et transformation locale
Dans le secteur minier, le chef de l’État a annoncé une réorientation stratégique majeure : la substitution progressive de l’exploitation artisanale par des mines industrielles, afin d’améliorer la productivité, la traçabilité et la rentabilité du secteur. Cette transition vise également à réduire les pertes fiscales et à renforcer les standards environnementaux et sociaux.
La décision souveraine de lancer la transformation locale du manganèse constitue un autre pilier central de la vision économique présidentielle. En favorisant la transformation sur place plutôt que l’exportation brute, le Gabon ambitionne de créer davantage d’emplois, de développer une industrie locale et d’accroître les recettes issues de la chaîne de valeur minière.
Accroître les recettes et rationaliser les dépenses publiques
Confronté à des contraintes budgétaires persistantes, l’État a engagé une série de mesures destinées à optimiser les recettes fiscales et à rationaliser les dépenses. L’instauration d’une taxe forfaitaire d’habitation, la mise en place de parkings payants et de péages, ainsi que la revalorisation des recettes issues des jeux de hasard participent de cette dynamique.
La suppression de certaines exonérations fiscales, jugées peu efficaces ou injustifiées, vise également à élargir l’assiette fiscale et à améliorer l’équité du système. L’objectif affiché est de renforcer les ressources propres de l’État tout en réduisant la dépendance à l’endettement.
La digitalisation au cœur de la modernisation financière
La modernisation de la gestion des finances publiques constitue un autre chantier prioritaire. Le président a annoncé la poursuite de la digitalisation de l’administration financière, avec pour ambition de rendre pleinement opérationnel, dès 2026, le Système Intégré de Gestion des Finances Publiques (SIGFIP).
Cet outil, aligné sur les standards internationaux, devrait permettre un meilleur suivi des recettes et des dépenses, une plus grande transparence et une discipline accrue dans l’exécution budgétaire. Les autorités entendent ainsi renforcer la crédibilité de l’État et améliorer l’efficacité de la dépense publique.
L’énergie et l’eau, leviers de la croissance économique
Sur le plan des infrastructures économiques, l’accent a été mis sur le secteur énergétique. La construction de centrales à gaz et la réalisation du barrage de Kinguélé Aval devraient permettre d’ajouter 475 mégawatts à la capacité énergétique nationale. Un renforcement indispensable pour accompagner la croissance économique, soutenir l’industrialisation et améliorer la compétitivité du pays.
Le président a également insisté sur la nécessité d’investir massivement dans les lignes de transport de l’électricité, condition essentielle pour réduire les pertes techniques et assurer une distribution fiable sur l’ensemble du territoire.
Dans le domaine de l’eau, la mise en service de nouvelles infrastructures de pompage et de stockage constitue une avancée significative, contribuant à améliorer l’accès à une ressource indispensable au développement économique et à la qualité de vie des populations.
Réduction du coût de la vie et accès aux biens essentiels
L’opérationnalisation prochaine de la Centrale d’achat a été présentée comme un instrument clé de lutte contre la vie chère. En mutualisant les achats de biens essentiels, l’État entend réduire les coûts unitaires, améliorer la disponibilité des produits et stabiliser les prix sur le marché intérieur.
Cette approche vise à soutenir le pouvoir d’achat des ménages tout en limitant les pressions inflationnistes, dans un contexte économique encore fragile.
Santé, éducation et logement : des investissements à forte portée économique
Bien que relevant du secteur social, les investissements annoncés dans la santé, l’éducation et le logement ont également une dimension économique affirmée. La construction d’hôpitaux spécialisés à l’intérieur du pays devrait réduire les évacuations sanitaires coûteuses à l’étranger, générant ainsi des économies substantielles pour les finances publiques.
Dans l’enseignement supérieur, la construction de nouvelles infrastructures et le recours accru aux partenariats public-privé pour le logement étudiant visent à adapter l’offre aux besoins croissants, tout en stimulant l’investissement privé.
Retraites et protection sociale : restaurer les équilibres financiers
Le président a également annoncé la reprise du versement des allocations vieillesse et des prestations de maternité, suspendues depuis 2017. Un décret a été promulgué pour résorber le déficit chronique de la branche des retraites, dans une optique de soutenabilité financière et de justice sociale.
Cette réforme vise à sécuriser les revenus des retraités tout en rééquilibrant les comptes sociaux, un enjeu majeur pour la stabilité économique à long terme.
Une ambition de relance fondée sur la souveraineté et la discipline
À travers l’ensemble de ces mesures, Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté une vision économique fondée sur la reprise du contrôle des ressources, la discipline budgétaire, la modernisation de l’administration et l’investissement ciblé dans les secteurs à fort impact.
Dans un contexte marqué par les défis de la dette, du chômage et de la précarité, l’exécutif mise sur une refondation progressive mais structurée de l’économie gabonaise, avec l’objectif affiché de bâtir une croissance plus inclusive, plus souveraine et plus durable.