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Justice

AFFAIRE SIFFON : ENQUÊTE SUR UN SYSTÈME DE SIPHONNAGE DES FONDS PUBLICS AU CŒUR DU TOURISME GABONAIS

AFFAIRE SIFFON : ENQUÊTE SUR UN SYSTÈME DE SIPHONNAGE DES FONDS PUBLICS AU CŒUR DU TOURISME GABONAIS
À Libreville, l’affaire Pascal Ogowé Siffon a pris, en quelques semaines seulement, une ampleur politique et judiciaire rarissime pour un ancien membre du gouvernement.

L’ex‑ministre du Tourisme et de l’Artisanat, nommé à ce poste lors de la Transition en septembre 2023, est aujourd’hui incarcéré à la prison centrale de Libreville dans le cadre d’une enquête pour détournement de fonds publics portant sur plus de 10 milliards de francs CFA⁠.


Une arrestation spectaculaire au lendemain de sa démission


Le 16 décembre 2025, alors qu’il venait de remettre sa démission après avoir été élu sénateur, Pascal Ogowé Siffon a été interpellé par les agents de la Direction générale de la contre‑ingérence et de la sécurité militaire (B2) sur une voie nationale à la sortie de Libreville. Les enquêteurs le considéraient comme un risque de fuite, après une tentative de déplacement précipitée observée quelques instants plus tôt.


Selon les autorités, les investigations ont mis au jour un trafic de fonds massifs sans justification comptable ni résultat tangible sur le terrain. Ces ressources devaient financer des projets touristiques d’envergure, notamment la construction de six écolodges répartis à travers le pays, un volet central du programme de relance du secteur qu’il avait lui‑même défendu devant le Chef de l’État. À ce jour, aucun de ces projets n’a été livré ; l’hôtel de Moanda, censé bénéficier de 2,6 milliards, n’est toujours pas achevé et les factures restent impayées.


Un circuit bancaire obscur impliquant des proches et des comptes parallèles


Les révélations les plus explosives de cette affaire concernent la circulation des sommes détournées. Une analyse croisée des relevés bancaires du ministère a mis en lumière un double circuit de décaissement : un compte administratif classique à BGFIBank Gabon, mais aussi un compte spécial ouvert à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Sur ces deux canaux, des créances tirées au profit d’un cercle restreint composé de proches ont été identifiées. Les flux documentés montrent des retraits en espèces importants et des chèques nominatifs à des bénéficiaires liés à son entourage, sans traçabilité conforme aux règles de la comptabilité publique.


Ce double circuit a permis de contourner les contrôles habituels, selon des sources proches de l’enquête. Les virements, retraits et mouvements massifs d’argent ne correspondent à aucune prestation ou livraison identifiable. Cette structure de décaissement, concluent certains analystes, pourrait traduire un système organisé pour diluer la transparence financière et orienter des fonds publics vers des comptes privés.


Lentement, le dossier prend une dimension symbolique


L’affaire Siffon arrive dans un contexte où la lutte contre la corruption est devenue un marqueur politique pour la Transition gabonaise. Après les jugements historiques contre les proches de l’ancien régime Bongo, l’incarcération d’un ministre en exercice ou récemment démissionnaire pour de tels motifs est un signal fort adressé à l’élite politique.


Officiellement, les magistrats et enquêteurs affirment respecter la présomption d’innocence, tandis que certains proches dénoncent un harcèlement politique visant à réduire au silence une figure montante. Quoi qu’il en soit, ce dossier soulève des questions profondes sur la gestion des fonds publics, la transparence des institutions financières gabonaises et le rôle des réseaux familiaux dans l’allocation des marchés et décaissements.


Alors que l’enquête se poursuit et que d’autres auditions pourraient éclore dans les prochains jours, l’affaire Siffon s’inscrit déjà comme l’un des dossiers judiciaires et politiques les plus sensibles de ces dernières années au Gabon.

Par Rédaction TV+ AFRIQUE

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