RÉGULATION DU MARCHÉ INFORMEL DE MONT-BOUËT
Cette semaine, le Conseil national économique et financier (CNEF) de la BEAC a tenu sa 3ᵉ session ordinaire des travaux, sous la houlette du ministre de l’Économie, du Budget, de la Dette et des Participations, Henri-Claude Oyima, également président du CNEF. L’objectif principal de cette réunion, qui s’est déroulée sur plus de quatre heures, était d’examiner le financement de l’économie nationale et la situation des finances publiques. Mais au-delà des chiffres et projections macroéconomiques, l’attention des participants s’est portée sur un sujet concret et sensible : la régulation du marché informel, en particulier du marché de Mont-Bouët, situé dans le 3ᵉ arrondissement de Libreville.
Une session axée sur la régulation et le financement
Lors de cette session, Henri-Claude Oyima a souligné que l’économie nationale devrait connaître un taux de croissance d’environ 3 % en 2025. Le CNEF en a profité pour définir les orientations économiques pour 2026, avec un objectif ambitieux de croissance de 6,5 % conformément à la loi de finances récemment adoptée.
Le conclave a réuni des experts des ministères concernés, des spécialistes de la banque centrale et des acteurs du secteur privé, notamment Gilles Nembe, ministre des Mines et ministre par intérim de l’Industrie. Les discussions ont porté sur les politiques monétaires nationales et régionales, mais aussi sur les questions locales liées au commerce informel et à la sécurité financière.
Mont-Bouët au cœur de la régulation
Le marché de Mont-Bouët, principal marché de la capitale gabonaise, concentre une grande partie du commerce informel de Libreville. Selon le ministre Oyima, ce marché connaît une circulation importante d’argent non régulé, ce qui représente un risque pour les consommateurs et pour la transparence des transactions.
« Nous avons identifié une porte de faiblesse au niveau du marché de Mont-Bouët, car il existe un commerce d’argent informel. Nous mettons en place des mécanismes pour que cette activité soit exercée uniquement par des organes agréés par la commission bancaire et l’autorité monétaire », a déclaré le ministre.
Concrètement, les mesures adoptées visent à limiter les activités informelles non agréées. Cela implique un contrôle renforcé des commerçants qui effectuent des transactions financières, l’identification des opérateurs autorisés et la mise en place de sanctions pour ceux qui ne respectent pas les nouvelles règles.
Les nouvelles règles de la commission bancaire
La session a également été l’occasion de présenter les nouvelles règles établies par la commission bancaire de la BEAC. Ces règles visent à sécuriser le commerce de l’argent et à protéger les consommateurs contre les pratiques financières non réglementées.
Parmi les principaux mécanismes envisagés :
L’agrément obligatoire pour tous les opérateurs impliqués dans des transactions financières sur les marchés.
L’instauration de systèmes de traçabilité des opérations pour prévenir la fraude et les détournements.
La sensibilisation des commerçants et des citoyens aux risques liés aux activités financières informelles.
Ces mesures devraient permettre de réduire les risques de pertes financières pour les usagers et de créer un environnement plus sûr pour les échanges commerciaux.
Impact sur le secteur privé et les acteurs économiques locaux
Pour le secteur privé, ces nouvelles régulations représentent à la fois un défi et une opportunité. Les commerçants formels bénéficieront d’un cadre sécurisé qui favorise la confiance et les transactions transparentes. En revanche, les acteurs de l’économie informelle non agréée devront s’adapter, en s’enregistrant auprès des autorités compétentes ou en modifiant leurs pratiques.
Les experts estiment que la formalisation progressive du commerce pourrait stimuler l’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises locales. De plus, en sécurisant le flux monétaire, le CNEF espère réduire l’évasion fiscale et améliorer les recettes publiques, ce qui pourrait se traduire par davantage de financement pour les infrastructures et services publics.
Cependant, certains commerçants craignent que ces mesures ne réduisent leur liberté d’action et n’augmentent les coûts de transaction. Le gouvernement devra donc accompagner ces réformes d’un programme de sensibilisation et d’appui technique pour assurer une transition harmonieuse vers la régulation formelle.
Une approche coordonnée au niveau régional
Le CNEF joue un rôle central dans la coordination entre la politique économique nationale et les directives communes de la CEMAC. La régulation des marchés et la lutte contre l’économie informelle à Libreville s’inscrivent donc dans un cadre plus large, visant à harmoniser les pratiques financières et commerciales dans la sous-région.
Cette harmonisation est particulièrement importante pour le commerce transfrontalier, où les flux informels sont encore fréquents. Les nouvelles règles devraient faciliter l’intégration économique régionale et renforcer la crédibilité des institutions financières locales.
Vers une meilleure régulation du marché informel
La session ordinaire du CNEF marque un tournant dans la régulation du marché de Mont-Bouët et, plus largement, de l’économie informelle au Gabon. Les mesures adoptées visent à sécuriser les transactions, protéger les consommateurs et favoriser un environnement commercial plus transparent.
Pour les citoyens et commerçants, cela se traduit par une promesse d’une plus grande sécurité financière et d’une meilleure protection contre les fraudes. Pour le secteur privé, c’est l’opportunité de développer des activités dans un cadre réglementaire clair, qui pourrait attirer de nouveaux investisseurs.
Si la mise en œuvre de ces mesures se fait de manière progressive et accompagnée, le Gabon pourrait devenir un exemple dans la sous-région pour la régulation des marchés informels et la formalisation des transactions financières. Le marché de Mont-Bouët, cœur battant de l’économie locale, pourrait ainsi symboliser la réussite d’une politique économique équilibrée entre régulation, sécurité et développement.