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GABON : LE SUIVI DES ESPACES PUBLICS CONSTRUITS SOUS LE CTRI EN QUESTION

GABON : LE SUIVI DES ESPACES PUBLICS CONSTRUITS SOUS LE CTRI EN QUESTION
Au Gabon, les espaces de jeux et lieux publics aménagés sous l’ère du CTRI suscitent une question centrale : quel suivi pour éviter leur dégradation et le gaspillage ? Sans entretien ni gestion durable, ces réalisations risquent d’être présentées demain comme la preuve que “les Gabonais ne savent pas entretenir”, alors que le vrai problème reste celui du suivi.

Sous l’ère du CTRI, le Gabon a vu fleurir de nouveaux espaces publics : aires de jeux pour enfants, petites places réaménagées, parcours piétons, zones de détente. Des réalisations saluées par une partie de la population, qui y voit enfin des lieux pensés pour les familles et pour les jeunes, là où, pendant des années, l’espace urbain a été laissé à l’abandon.


Sur le principe, difficile de critiquer.Mettre des jeux à disposition des enfants, offrir des bancs, des trottoirs praticables, des coins ombragés, c’est une vraie avancée dans des quartiers où l’on manquait de tout. Beaucoup de Gabonais remercient d’ailleurs le CTRI d’avoir posé ces équipements là où il n’y avait avant que poussière, goudron abîmé ou terrains vagues.


Mais derrière ces remerciements, une question lourde s’impose : quel suivi pour ces espaces publics ?
Car un aménagement, aussi bien conçu soit-il, ne vit que s’il est entretenu. Sans nettoyage régulier, sans petites réparations rapides, sans contrôle sur les usages, la dégradation arrive très vite : peinture qui s’écaille, structures de jeux cassées, herbes folles, éclairage en panne.


Et c’est là que le risque apparaît.
Si rien n’est anticipé, ces espaces finiront par être montrés du doigt comme des “preuves” que « les Gabonais ne savent pas entretenir ce qu’on leur donne ». Alors qu’en réalité, la vraie question n’est pas la prétendue “irresponsabilité” des citoyens, mais l’absence de politique claire de suivi et de gestion.


Le suivi des espaces publics repose sur trois piliers simples à nommer, mais difficiles à assumer :


1)un budget dédié à l’entretien, et pas seulement à la construction ;


2)des équipes identifiées pour nettoyer, réparer, surveiller ;


3)une coordination claire entre l’État, les mairies et, parfois, les comités de quartier.


Sans cela, on tombe toujours dans le même schéma : on communique fort au moment des travaux, on coupe le ruban, puis on laisse le temps faire son œuvre. Quelques mois plus tard, l’aire de jeux n’est plus qu’un décor fatigué, et le discours officiel peut facilement se retourner contre la population.


Ce débat sur le suivi pose une question de fond :
le Gabon veut-il une politique d’infrastructures de façade, ou une véritable culture de l’entretien et de promotion du bien commun ?


Les espaces publics construits sous le CTRI peuvent devenir deux choses très différentes :


1)soit des lieux de vie durables, qui améliorent vraiment le quotidien,


2)soit des symboles de gaspillage, dont on rendra, une fois de plus, les citoyens responsables.


Tout l’enjeu est là : ne pas s’arrêter au geste visible de la construction, mais assumer le travail silencieux de l’entretien. C’est ce qui fera la différence entre des espaces de jeux qui vieillissent bien… et des équipements que l’on regardera bientôt comme une occasion manquée.

Par NOEMI KIM

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