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LES NOMMER À D’AUTRES POSTES ?

LES NOMMER À D’AUTRES POSTES ?
Mais la ligne est mince entre réinsertion et impunité.

Dans le débat public, une question qui taraude l’esprit des Gabonais refait surface : faut-il offrir à des responsables accusés de détournement de fonds ou de corruption d’autres postes administratifs, afin qu’ils ressentent une forme de “dette morale” ? Certains défenseurs de cette approche estiment que placer ces individus à des fonctions moins exposées ou symboliques pourrait favoriser une forme de réparation indirecte. L’idée serait que, confrontés à de nouvelles responsabilités, ils prennent conscience de leurs erreurs passées.


Pour d’autres, cette pratique relève davantage de la manipulation que de la justice. « Nommer quelqu’un qui a été impliqué dans un scandale financier à un autre poste ne garantit en rien qu’il comprenne ses torts », souligne un expert en éthique publique. Au contraire, certains craignent que cette stratégie puisse normaliser l’impunité et envoyer un message ambigu à la société.


Les exemples de ce type de pratiques sont nombreux au Gabon mais aussi controversés. Dans plusieurs administrations, des hauts fonctionnaires accusés de malversations ont été repositionnés soit dans des services moins visibles, parfois sous prétexte de “réhabilitation”, soit à des responsabilités plus importantes et à des postes plus juteux dans l’administration publique. Les critiques dénoncent un mécanisme qui transforme la sanction en récompense, affaiblissant la confiance du public dans les institutions et le développement global du pays. Pour eux, la dette morale ne peut naître que d’une véritable reconnaissance de faute, assortie de sanctions appropriées et de transparence.


Dans le débat, certains soulignent également l’aspect pratique. Remettre à la société des talents expérimentés dans des postes utiles pourrait avoir un effet positif si ces individus choisissent sincèrement de se racheter. Mais la ligne est mince entre réinsertion et impunité. L’opinion publique reste largement sceptique, et les médias devraient jouent un rôle important dans la surveillance des nominations administratives et gouvernementales.


En définitive, la question soulève un dilemme moral et institutionnel : est-il plus efficace de punir pour dissuader, ou de responsabiliser pour réhabiliter ? Si l’objectif est une réelle réparation et un regain de confiance, la plupart des spécialistes s’accordent à dire que seule une démarche transparente, assortie de sanctions proportionnées et d’une éducation à l’éthique, permettra de transformer la dette morale en bénéfice réel pour la société gabonaise.

Par Pamphile EBO

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