SACHET PLASTIQUE RÈGNE
Ce matin sur le terrain au marché Mont-Bouët, on constate un paradoxe inquiétant : les sachets plastiques continuent de circuler massivement dans les surfaces de distribution malgré leur interdiction. Officiellement banni depuis le 23 septembre 2025, le plastique reprend du poil de la bête, de nouveau visible dans les marchés, les commerces et même dans les poubelles. Il semble que, malgré la loi, le plastique ait plusieurs cordes à son arc. Ce constat interroge sur l’application réelle et efficace de l’interdiction.
Une loi déjà en vigueur… en théorie
L’interdiction des sachets plastiques à usage unique au Gabon est fixée par l’Ordonnance n°0012/PR/2024 du 26 février 2024, ratifiée par la Loi n°009/2024 du 5 août 2024. En pratique, la mesure est devenue effective le 23 septembre 2025, selon la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Pourtant, sur le terrain, cette second jeunesse du plastique laisse dubitatif : les sachets sont distribués aux yeux de tous.
Des chiffres alarmants
Avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, la situation environnementale était en berne. Dans la seule zone du Grand Libreville, près de 36 tonnes de sachets plastiques étaient collectées chaque jour. Ce volume frôle la catastrophe : il illustre la dépendance massive aux plastiques à usage unique, même si ces derniers mettent plus de cent ans à se dégrader, selon des experts.
Témoignages et inquiétudes
Un commerçant interrogé aujourd’hui explique : « c’est encore là, parce que le stock qu’on a, il faut qu’on termine d’abord, on liquide d’abord le stock. Dès que ça finit, on va arrêter » Il admet : « Ça nous donne des maladies, comme il y a des saletés un peu partout pour ça. »
Une vendeuse confie aussi : « mais ça nous embête un peu pour servir les clients à la main.… Les clients ne veulent pas amener les choses comme ça, ils veulent qu’on les mette dans le sachet .» Elle ajoute : « Si l’État peut nous aider à trouver un sachet ou quelque chose qui va être un peu solide… ça va nous faire du bien. »
De son côté, un autre commerçant affirme : « on est interdit, on voit sur les boutiquiers, mais ceux qui vendent ça, il y a toujours là-bas. » Il raconte : « quand j’ai fini de vendre… ce que j’ai regroupé, moi-même, je dois amener ça dans mon sac et aller brûler. » Il souligne aussi : « c’est comme ça qu’on doit se comporter… comme les autres ne font pas ça, on fait le désordre. » Le résultat : « c’est à cause de ça que les sachets… ça se retrouve partout, partout dans la ville. »
L’appel à l’action
Face à cette situation, plusieurs voix demandent que l’on tape du poing sur la table pour assainir le circuit de distribution. Les commerçants dénoncent l’inaction : selon eux, « c’est l’État, c’est l’État lui-même qui connaît ce qu’il doit faire » pour faire cesser la vente illégale. Ils estiment que la population « en pâtit », non seulement en termes de pollution, mais aussi de santé.
Ils rappellent aussi que l’interdiction n’a pas été accompagnée d’un soutien concret : « nous les commerçants, on va acheter aussi pour mettre les choses… » explique l’un d’entre eux, tout en évoquant le prix des alternatives : « on vend ça à 200 et il y a les autres qui vendent ça à 100 francs. »
Les dégâts écologiques
Au-delà de l’inégalité d’accès aux alternatives, les conséquences environnementales sont dramatiques. La pollution des sols et des rivières, les menaces pour la faune, la dégradation des systèmes naturels alimentent le débat. Chaque sachet plastique en circulation est un pas de plus contre notre cadre de vie. Le véritable défi aujourd’hui est de transformer l’interdiction légale en réalité quotidienne.
Le rôle des autorités
Selon les commerçants, la DGCCRF a promis des contrôles, mais ceux-ci tardent à produire des effets. Des campagnes de sensibilisation, prévues du 15 au 30 octobre 2025, devraient renforcer l’information sur les alternatives durables. Mais pour certains, les moyens mis en œuvre sont encore trop légers : il ne faut pas lésiner sur les moyens, car la transition reste fragile.
L’interdiction peine
Le plastique, loin d’être en panne, semble même reprendre du poil de la bête. L’interdiction des sachets plastiques à usage unique au Gabon, entrée en vigueur depuis le 23 septembre 2025, peine à se traduire sur le terrain. Le stock ancien se vide lentement, les habitudes persistent, et l’environnement en pâtit. Si le Gabon veut réellement changer de cap, il lui faudra non seulement appliquer la loi, mais aussi soutenir les commerçants, les consommateurs, et renforcer la sensibilisation. C’est un pari collectif — et urgent — pour protéger durablement notre cadre de vie.