PROCÈS BONGO-VALENTIN : 20 ANS DE PRISON ET CONFISCATION DE TOUS LES BIENS
La Cour criminelle spécialisée de Libreville a rendu hier, mardi 11 novembre 2025, son verdict dans le procès le plus attendu de l’année. Jugés par contumace, Sylvia Bongo Ondimba Valentin et son fils Noureddin Bongo Valentin ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle, à la confiscation de l’ensemble de leurs biens, et au remboursement solidaire de 4 400 milliards de francs CFA à l’État gabonais. Le président du tribunal a aussi émis des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre.
Cette décision, prononcée tard dans la nuit, met fin à des mois d’enquête et de révélations sur un vaste réseau de détournement de fonds publics au sommet de l’État. Selon le procureur général Eddy Minang, le duo mère-fils aurait mis en place un système de captation de l’argent public, transformant les caisses de l’État en véritable compte familial.
Une fortune colossale et un train de vie hors norme
D’après les documents présentés au tribunal, la fortune présumée de Sylvia et Noureddin Bongo-Valentin s’élèverait à 4 202 milliards de francs CFA. À cela s’ajoutent deux champs pétroliers évalués à 350 milliards de FCFA, appartenant à l’ex-première dame via sa société Fort Africa, selon les témoignages recueillis au procès.
Les juges ont également détaillé un patrimoine immobilier impressionnant :
Des villas au Gabon d’une valeur totale estimée à 80 milliards de FCFA,
Une résidence de luxe à Marrakech valant 50 milliards de FCFA,
Plusieurs palaces à Londres pour 40 milliards de FCFA,
Et deux avions privés, un Boeing 737 et un 757, d’une valeur cumulée de 195 milliards de FCFA.
Le président du tribunal a souligné avec gravité que
“Sylvia Bongo aurait dépensé près de 500 millions de FCFA pour l’aménagement d’un simple potager”
Il a rappelé que cette somme équivaut au prix d’un scanner médical
“un équipement dont nos hôpitaux manquent cruellement”
Selon les flux financiers retracés par la Cour, Sylvia et Noureddin auraient perçu en moyenne 1 milliard de francs CFA par jour, soit 41 millions de FCFA par heure. Leur rythme de vie, décrit comme extravagant, atteignait 500 millions de FCFA par mois pour Sylvia Bongo, sans compter un budget annuel de 2 milliards de FCFA consacré aux vêtements et bijoux, d’après son ex-agent de sécurité, Kim Oun.
Le tribunal a aussi mis en lumière un réseau complexe de sociétés-écrans : 30 entreprises au nom d’employés non rémunérés, sans aucune activité réelle, servant à masquer les mouvements d’argent.
L’enquête a révélé l’existence d’un compte offshore de plus de 1 000 milliards de FCFA détenu par Noureddin Bongo, alimenté par des flux provenant du Trésor public.
“C’est un braquage de la République”
a martelé le procureur Minang, dénonçant
“la confusion volontaire entre biens publics et fortune personnelle”
Noureddin “ordonnait directement au directeur du Trésor des décaissements pour des comptes privés”
Plusieurs témoins ont été entendus. Jordan Camuzet, ancien collaborateur de Noureddin, a reconnu l’existence d’un terrain de 110 hectares à Nkok, estimé à 60 milliards de FCFA, acquis au nom du fils Bongo. Il a décrit un système où Noureddin
“ordonnait directement au directeur du Trésor des décaissements pour des comptes privés”
Un autre témoin, Kim Oun, a confirmé que Sylvia Bongo était propriétaire de deux puits de pétrole au Gabon et qu’elle gérait personnellement des budgets en liquide provenant du Trésor public. Ces révélations ont renforcé la conviction du tribunal sur la responsabilité directe des deux accusés dans la disparition de milliards de francs des caisses de l’État.
Des chiffres vertigineux et des anecdotes sur le luxe démesuré du clan Bongo-Valentin
Le procès s’est déroulé sans les principaux accusés. Sylvia et Noureddin, absents du pays depuis mai dernier, ont été jugés par contumace. Le président Jean Mexant Essa Assoumou a insisté sur le caractère pédagogique du jugement :
“Ce verdict doit rappeler que nul, même au sommet de l’État, n’est au-dessus de la loi”
La salle d’audience était comble, entre journalistes, curieux et familles des autres prévenus. Les débats ont souvent été interrompus par l’émotion du public à la lecture des chiffres vertigineux et des anecdotes sur le luxe démesuré du clan Bongo-Valentin.
“Le peuple gabonais a été dépossédé de sa richesse”
Une leçon à retenir. La justice gabonaise veut désormais mettre fin à l’impunité des élites et redonner confiance au peuple.
Le procureur général a conclu :
“Le peuple gabonais a été dépossédé de sa richesse. Ce jugement est une première réparation”
En résumé :
Condamnation : 20 ans de réclusion criminelle pour Sylvia et Noureddin Bongo-Valentin, jugés par contumace
Montant à rembourser à l’État : 4 400 milliards de FCFA
Mandats d’arrêt internationaux émis contre eux
Fortune estimée : plus de 4 202 milliards de FCFA
Train de vie : jusqu’à 1 milliard par jour, 500 millions par mois pour Sylvia
Biens confisqués : champs pétroliers, villas, avions, comptes offshore et sociétés-écrans
En rappel
10 accusés sur 12 étaient à la barre : Ian Ghislain Ngoulou, Jessye Ella Ekogha, Gabin Otha Ndoumba, Kim Un, Abdul Oceni Ossa, Steeve Nzegho Dieko, Gisèle Mombo, Jordan Camuset et Cyriaque Mvourandjiami et Ali Saliou Mohamed. La Cour criminelle spécialisée s'était déjà préparée à juger Sylvia et Noureddin Bongo-Valentin. Lesquels sont poursuivis, entre autres, pour présomption de délinquance financière, association de malfaiteurs, contrefaçon des documents officiels, blanchiment de capitaux, contrefaçon des Sceaux de la République, instigation au faux, concussion, corruption active, usurpation de titre et de fonction.