tvplusafrique

Société

LES OBSÈQUES COÛTENT LES YEUX DE LA TÊTE

LES OBSÈQUES COÛTENT LES YEUX DE LA TÊTE
Au Gabon, les chiffres donnent le tournis lorsqu’il s’agit d’organiser des funérailles.

Au Gabon, les chiffres donnent le tournis lorsqu’il s’agit d’organiser des funérailles. De plus en plus de familles se disent étranglées financièrement, incapables d’enterrer dignement leurs proches sans casser la tirelire. Le prix d’un enterrement complet, entre soins du corps, cercueil, transport, fleurs et cérémonie, coûte les yeux de la tête. Dans un contexte de lutte contre la vie chère, la douleur de la perte se double souvent d’une angoisse économique.


 



« Aujourd’hui, même mourir coûte trop cher »


« Aujourd’hui, même mourir coûte trop cher »


soupire une habitante d’Owendo, pétrie d’angoisse à l’idée de devoir faire face à une nouvelle dépense imprévue. Beaucoup racontent comment ils doivent se priver du nécessaire ou faire appel à la solidarité pour boucler le budget.


« On fait des cotisations, mais certains ne cotisent même plus parce que tout le monde est pris à la gorge »


indique un jeune homme rencontré devant une morgue.


 


 « On voulait juste un cercueil simple, mais à la fin, la note dépassait 800 000 francs »


Les factures semblent monter aux enchères d’année en année. À Libreville comme à Port-Gentil, les familles racontent leurs mésaventures avec les entreprises de pompes funèbres. Ces dernières sont accusées de gonfler les prix sans justification claire.


« On voulait juste un cercueil simple, mais à la fin, la note dépassait 800 000 francs. J’ai cru que j’allais faire un malaise »


raconte un père mis au supplice par la dépense. Notre équipe a tenté d’obtenir la version d’un responsable funéraire, mais ce dernier n’a pas souhaité réagir.


Pour d’autres, la solution réside dans une meilleure préparation.


« Il serait souhaitable, ça c’est à mon humble avis, de commencer à préparer sa mort »


explique un retraité rencontré au cimetière de Mindoubé. 


 On ne sait pas quand on va mourir, mais on peut souscrire à une assurance pour anticiper. Cela éviterait de mettre les familles dans les sales draps »






« Eux, ils enterrent le même jour, sans grande cérémonie »


Certains évoquent aussi l’exemple des musulmans.


« Eux, ils enterrent le même jour, sans grande cérémonie. Ce n’est pas une question de moyens, mais de culture. On peut s’en inspirer pour limiter les coûts »


ajoute un autre citoyen, lucide face à cette pierre d’achoppement qu’est devenue la mort dans le budget familial.


Mais pour les foyers modestes, l’étau se resserre.


« Quand on peine déjà à se nourrir, comment anticiper les obsèques ? »


interroge une mère de famille qui dit croiser les doigts pour que rien n’arrive à ses proches. Elle déplore que l’État, à travers le ministère des Affaires sociales, reste silencieux :


« Quel est son rôle ? On est abandonnés »


 


« Quand on peine déjà à se nourrir, comment anticiper les obsèques ? »


Les morgues, quant à elles, deviennent souvent des lieux d’attente interminable. Faute de moyens, certains corps y restent des mois, parfois des années.


« C’est une honte pour un pays comme le nôtre »


souffle un employé qui se décrit comme le pompier de service, souvent appelé pour calmer des familles en détresse.


 


Les funérailles restent un luxe


Au-delà du coût, c’est la dignité humaine qui est en jeu. Entre angoisse, dettes et désespoir, beaucoup de Gabonais redoutent désormais la mort, à cause d’un système qui a perdu tout son sens. Tant que des solutions concrètes ne seront pas trouvées, les funérailles resteront un luxe, et les familles, déjà éprouvées par la perte, continueront de filer du mauvais coton dans un pays où même le repos éternel semble hors de prix.


 

Par Pamphile EBO

Top Articles