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ALIMENTS À MÊME LE SOL AU MARCHÉ

ALIMENTS À MÊME LE SOL AU MARCHÉ
une hygiène précaire et des denrées alimentaires vendues à même le sol, au milieu des boues noirâtres dégageant une odeur fétide.

 



Au cœur du troisième arrondissement de Libreville, le marché de Mont-Bouët vit chaque jour l’affluence des grands jours. Véritable poumon économique du Gabon, ce lieu grouille de monde et de marchandises. Mais derrière cette vitalité commerciale se cache une autre réalité, beaucoup moins reluisante : une hygiène précaire et des denrées alimentaires vendues à même le sol, au milieu des boues noirâtres dégageant une odeur fétide.


 



Dans les allées, il n’y a pas d’espace. Les gens sont serrés et se marchent parfois sur les pieds. Les cris des uns sont noyés dans les paroles des autres, formant une cacophonie indescriptible à laquelle s’ajoutent les coups de klaxons des charrettes qui tentent de se frayer un chemin. Sur le bitume détrempé, des montagnes de tomates, de poissons fumés et de manioc s’étalent. L’image n’est pas reluisante.


 


« Le sol, c’est notre comptoir »


« On fait comme on peut. Le sol, c’est notre comptoir »


explique Mireille, vendeuse de légumes depuis dix ans.


« Les stands coûtent trop cher, et il n’y en a pas assez pour tout le monde »


Une situation qui en dit long sur le manque d’infrastructures. Pour ces commerçants qui tirent le diable par la queue, vendre reste une question de survie, même si cela se fait au mépris des règles d’hygiène les plus élémentaires.


 



Cette réalité, les services municipaux la connaissent bien.


« Nous faisons des opérations de nettoyage et de sensibilisation, mais les vendeurs reviennent aussitôt »


confie un agent d’hygiène rencontré sur place.


« C’est un problème ancien, structurel »


Les efforts entrepris font pâle figure face à l’ampleur du phénomène.


 


Les denrées posées à même le sol sont en contact direct avec les déchets organiques


Les conséquences sanitaires sont, elles, préoccupantes. Les denrées posées à même le sol sont en contact direct avec la poussière, les boues noirâtres, les eaux usées et parfois les déchets organiques. Un médecin du centre de santé de Mont-Bouët tire la sonnette d’alarme :


« Cette situation fait peser un danger mortel sur la population. Nous observons une hausse des cas de typhoïde et de diarrhées aiguës »


 



Pour les consommateurs, difficile de faire autrement.


« C’est ici que les prix sont les plus abordables. On n’a pas le choix »


admet Paul, fonctionnaire à la retraite. Son propos qui laisse un goût amer traduit la résignation générale.





Mont-Bouët a été construit à une époque où Libreville comptait dix fois moins d’habitants


Les autorités municipales reconnaissent les limites de leur action.


« Nous manquons de moyens et d’espaces aménagés. Le marché est saturé »


reconnaît un responsable local. Là où le bât blesse, c’est dans la planification urbaine : Mont-Bouët, construit à une époque où Libreville comptait dix fois moins d’habitants, n’a jamais été adapté à la croissance démographique.


 



Aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour la détérioration du cadre de vie : insalubrité, encombrements, pollution et promiscuité. Le spectacle désolant du marché a été maintes fois fustigé par les associations de consommateurs, sans qu’une solution durable ne soit mise en œuvre.


 


 L’argent circule, mais la salubrité s’effrite


Et pourtant, malgré ce décor catastrophique, Mont-Bouët continue de battre au rythme de ses échanges, véritable tunnel économique où l’argent circule, mais où la salubrité s’effrite. Entre nécessité de survie et absence de contrôle, l’étau se resserre sur un marché qui reste la porte ouverte à toutes sortes de dérives.


 



Tant que les conditions de vente ne seront pas améliorées, commerçants et clients resteront piégés dans cette mécanique infernale.


 

Par Pamphile EBO

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