EN PLEINE RECOMPOSITION POLITIQUE
À quelques jours des sénatoriales, municipales et élections des conseils départementaux, le Gabon entre dans une nouvelle phase très importante de sa vie politique. Ces scrutins, prévus dans la continuité des élections locales et législatives de septembre-octobre 2025, vont redessiner en profondeur le paysage politique gabonais. Dans les états-majors, les stratégies se peaufinent, les alliances se trament, et chaque parti tente de se tailler la part du lion dans une équation électorale particulièrement difficile.
L'UDB s’avance en favori
Le ministère de l’Intérieur a rendu publiques les listes de candidatures, officialisant ainsi le départ de la course politique. Selon les chiffres, près d’une centaine de prétendants briguent les soixante-dix sièges du Sénat. Dans cette bataille, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) s’avance en favori. Avec 55 candidats alignés sur tout le territoire, le parti de la majorité présidentielle affiche une participation écrasante et compte bien consolider encore un peu plus son emprise institutionnelle. L’objectif est de rafler la majorité absolue pour renforcer son influence au Parlement et peser davantage sur les grandes décisions nationales.
La présence du parti est réduite à quelques binômes espérant sauver les meubles
Face à ce rouleau compresseur, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) traverse une mauvaise passe. Jadis formation dominante, il ne présente que 12 candidatures complètes et 7 suppléants isolés. Une portion congrue qui contraste avec sa puissance d’autrefois. Dans des provinces clés comme l’Ogooué-Maritime, le PDG est même absent. Une première dans l’histoire politique du Gabon. Dans d’autres régions, la Ngounié, la Nyanga, le Moyen-Ogooué ou le Woleu-Ntem, la présence du parti s’est effritée, réduite à quelques binômes espérant sauver les meubles. Pour certains militants, la présence du PDG « se réduit comme une peau de chagrin » et illustre l’échec de la restructuration interne de l’ancien parti de masse.
Joue une carte sociale
Les autres partis affichent une présence clairsemée. Mais ils sont déterminés à ne pas faire de la figuration. L’Union Nationale, dirigée par Paulette Missambo, ne présente que deux candidatures. L’enjeu est d’assurer une voix d’opposition crédible au sein du Sénat. De son côté, le Parti National du Travail et du Progrès (PNTP), mené par Jean Rémy Yama, joue une carte sociale, avec une seule candidature anecdotique. Plusieurs observateurs estiment que ces partis ne sont pas battus d’avance, car les grands électeurs, souvent imprévisibles, pourraient bousculer la hiérarchie supposée et créer la surprise.
À côté des grandes formations, les indépendants tentent aussi leur chance. Ils sont quatre à vouloir s’imposer, à l’image de Nelly Mbondo Nstigui, un jeune loup aux dents longues. Les petites formations émergentes, comme le RPM ou le LD, s’invitent également dans la course, avec six candidatures. Pour elles, ces élections représentent l’occasion de se faire connaître et d’occuper un espace politique où les anciennes structures laissent parfois des vides.
Contrôler une mairie ou un conseil départemental n’est pas une sinécure
Les municipales et les élections des conseils départementaux s’annoncent tout aussi stratégiques. À Libreville, Port-Gentil et Franceville, les enjeux sont immenses : contrôler une mairie ou un conseil départemental n’est pas une sinécure, mais c’est un levier de pouvoir concret. Maîtriser ces institutions, c’est avoir la main sur les budgets, les marchés publics et une certaine influence dans la circonscription. L’UDB espère s’appuyer sur son réseau d’élus municipaux pour consolider sa base, tandis que le PDG tentera de sauver ses positions grâce à des alliances.
Les indépendants en victimes expiatoires
Sur les réseaux sociaux, la population suit de près cette agitation politique. Les appels à la vigilance et à la transparence se multiplient, car beaucoup redoutent des alliances de circonstance qui transformeraient certains partis et les indépendants en victimes expiatoires.
Ces scrutins constituent un nouveau test grandeur nature après les législatives. Si l’UDB confirme sa domination, elle verrouillera l’agenda politique pour les années à venir. En revanche, si l’opposition et les indépendants réussissent à bousculer l’ordre établi, le pays connaîtrait l’équilibre du pouvoir souhaité.