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DES MILLIARDS POUR LE LOGEMENT

DES MILLIARDS POUR LE LOGEMENT
À Libreville, derrière les grands chantiers et les promesses de logements sociaux, la réalité reste dure pour beaucoup de familles.

À Libreville, derrière les grands chantiers et les promesses de logements sociaux, la réalité reste dure pour beaucoup de familles. Au PK7, un quartier populaire de la capitale gabonaise, des dizaines de foyers continuent de vivre sans eau ni électricité. Parmi eux, Serge Laurent, la soixantaine passée, vit depuis des décennies dans des conditions précaires.


 



« Oui, au PK7, je vis sans aucune électricité depuis des décennies »


raconte Serge Laurent. Son histoire illustre le fossé qui persiste entre les annonces officielles et le vécu du terrain.


 


Aveugle depuis plusieurs années


Serge Laurent habite ici avec sa famille. Aveugle depuis plusieurs années, il a vu, ou plutôt ressenti, ses enfants puis ses petits-enfants grandir dans la difficulté. 


« Sans eau, sans électricité, pour s’éclairer, il faut tirer des câbles, bricoler, s’adapter »


confie-t-il avec calme. Autour de lui, les maisons se succèdent, souvent construites de bric et de broc, sans raccordement aux réseaux publics.


Pour Serge, cette situation n’est pas unique.


« Des dizaines de familles survivent dans ces conditions précaires, où l’eau et l’électricité sont un luxe »


 explique-t-il. Il évoque aussi les inondations répétées qui frappent le quartier :


« On veut bien vivre, ce qu’il passe là c’est normal, il faut construire le Gabonais, comme les autres villes sont vraiment dans les poubelles, sales »


 


Inondations répétées


Il poursuit, un peu confus, mais avec émotion :


« Il y a l’inondation, il y a l’eau, il y a les bouées, je ne sais pas comment te dire, en tout cas pour la construction c’est bon. Une personne comme moi qui parle là, j’avais mon mari, mon mari n’avait pas construit, mon mari n’avait pas laissé le terrain, la pensée l’a amené. Je viens à l’occasion, là où il est mort, c’est là où je suis, avec mon petit-fils, les enfants sont partout, partout »


Pendant ce temps, à une trentaine de kilomètres de là, de nouveaux logements sociaux sortent de terre. Mais pour Serge et ses voisins, ces constructions restent un rêve lointain. Les promesses officielles n’ont, jusque-là, rien changé à leur quotidien.


 



Pourtant, le gouvernement a annoncé cette année une enveloppe de 314 milliards de francs CFA pour la construction de logements sociaux à travers le pays. L’objectif est d’offrir un toit décent à des milliers de familles gabonaises. Depuis l’arrivée des nouvelles autorités, plusieurs chantiers ont été lancés.


Cette politique affiche la volonté de freiner l’urbanisation anarchique qui gagne du terrain. Sur place, un habitant réagit :


« Vous voyez derrière moi, regardez comment les Gabonais habitent, regardez derrière moi. De vous à moi, on sait qu’à Libreville, la majorité de la population gabonaise est mal logée. Alors, ma réaction face au budget que le ministre de l’Habitat a alloué pour la consommation de ces logements est la bienvenue »


 


Viabiliser les terrains


Il poursuit :


« Parce que ce sera un ouf de soulagement pour les Gabonais dans la mesure où on pourra déjà être bien logé. Ne plus connaître ce qu’on appelle les éboulements, les inondations et ce qui s’ensuit. Je crois que c’est une bonne décision prise par le ministre de l’Habitat »


Le plan gouvernemental s’articule autour de six axes prioritaires pour la période 2026-2028 :




  • Réduire le déficit en logements,




  • Viabiliser les terrains,




  • Construire des habitations à des prix abordables,




  • Renforcer la régulation foncière,




  • Garantir la transparence des attributions de parcelles,




  • Identifier les espaces disponibles dans les neuf provinces.




 300 milliards de francs CFA de plus qu’en 2025


Pour 2026, le budget du logement est en forte hausse, avec 300 milliards de francs CFA de plus qu’en 2025. Une ambition clairement affichée par le ministre du Logement, de l’Habitat et de l’Urbanisme, décidé, dit-il, à 


« rester à l’écoute des populations »


Cette politique est présentée comme un symbole de la cinquième République, qui veut


« bâtir autrement »


Mais au PK7, la patience s’effrite. Serge Laurent, assis dans son petit salon plongé dans la pénombre, garde malgré tout espoir.


« Pas besoin de lumière pour imaginer un avenir plus clair »


dit-il en souriant. Puis il ajoute, d’une voix posée :


« Il suffit qu’on tienne enfin parole »


 




Par Pamphile EBO

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