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RÉDUITES EN MIETTES

RÉDUITES EN MIETTES
Le conflit foncier, vieux de plusieurs années, a pris des allures de catastrophe.

Sous le regard impuissant des populations, une descente musclée a eu lieu ce 31 octobre 2025, quartier Mveng-Ayong, dans le 2ᵉ arrondissement d’Akanda, derrière le lycée Excellence. Des bulldozers et pelleteuses sur chenilles ont défoncé sans ménagement plusieurs maisons en chantier. La société Olam, qui se présente comme propriétaire légitime des parcelles, a rasé de la carte tout un pan du quartier, laissant derrière elle un amas de gravats et des familles en détresse.



Le conflit foncier, vieux de plusieurs années, a pris des allures de catastrophe. Les habitants, très remontés, dénoncent une opération brutale qui a tout tourné au vinaigre. Parmi eux, Michel Ndong Mba, un sinistré, ne cache pas sa colère :


« Nous arrivons sur ce site en 2015, ce site n’a pas de titre foncier et tout ce qui a été fait s’est en dehors de nous. On n’a jamais été signifié qu’un moment que partie et parcelle à Olam ou à un autre acquéreur. Donc un beau matin on se retrouve avec les employés d’Olam qui arrivent pour venir revendiquer ce qui leur appartiendrait. Et moi sur ma parcelle, j’ai planté un manguier qui commence sa première production l’année-là, ce manguier a neuf ans d’âge. Or Olam aurait acquis cette parcelle il y a cinq ans, vous comprenez qu’il y a un problème de date qui se pose là »


Son témoignage illustre la furie qui a mis le feu aux poudres. Beaucoup d’habitants disent avoir entrepris les démarches nécessaires pour régulariser leurs terrains. Eugène Kébila, lui aussi sinistré, raconte son désarroi :


« J’ai fait une occupation de bonne foi, j’ai saisi l’administration, j’ai fait une régularisation foncière. L’ANUTTC ne m’a jamais appelé pour me dire que ce site était une propriété d’une entité quelconque et on ne vous le dira jamais assez. Nous sommes dans l’émotion on ne peut même pas vous dire ce qui se passe sur le site, vous voyez vous-mêmes les images  témoignent  de la qualité de la violence qu’utilise Olam au mépris même de la loi; parce qu’il faut avouer que quand on suit la réglementation, vous avez un dossier qui n’est pas vidé. Et puis sans aucune autorisation, sans l’ordonnance de la justice, une tierce personne arrive et détruit vos biens, je ne sais pas dans quel État nous sommes »


Sur le terrain, les murs et bâtiments ont été réduits en miettes. Des barrières dispersées, des outils de travail enterrés sous les décombres, et des familles croupissent dans la misère.


« C’est vraiment une douleur inexplicable, vraiment quand on est en retraite, quelqu’un vient vous détruire, c’est vraiment très désolant »


confie un autre habitant.


« Il y avait quelqu’un d’autre qui revendiquait cette place. Il disait qu’il avait des titres fonciers. Nous étions en négociation avec celui-là. Tout d’un coup, c’est un autre. C’est Olam qui vient »


Malgré la présence des agents d’Olam SA, aucun responsable n’a souhaité réagir. Ils ont préféré garder le silence, laissant planer le doute sur une situation qui devient une véritable équation difficile. Entre droits coutumiers et titres fonciers, ce dossier reste le principal point d’achoppement d’un système foncier à deux vitesses.


“Cette situation illustre la faiblesse de la gouvernance foncière et le manque de transparence dans la gestion des titres de propriété au Gabon. Les habitants, souvent sans titres définitifs, se retrouvent victimes d’un vide administratif. Olam agit probablement pour sécuriser ses investissements ou valoriser un terrain acquis légalement mais contesté. Cependant, la démolition sans décision judiciaire ni médiation renforce le sentiment d’injustice et souligne l’urgence d’une réforme foncière claire et équitable”


souligne une source sous couvert d’anonymat. 


Les sinistrés sont décidés à faire valoir leurs droits. En attendant, le quartier, désormais réduit à un champ de ruines, met encore une fois les autorités de l’administration foncière dans de sales draps.


 

Par Pamphile EBO

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