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RÉFORME DE LA FISCALITÉ FORESTIÈRE AU GABON : LE GOUVERNEMENT VEUT FAIRE DU BOIS UN MOTEUR ÉCONOMIQUE DURABLE

RÉFORME DE LA FISCALITÉ FORESTIÈRE AU GABON : LE GOUVERNEMENT VEUT FAIRE DU BOIS UN MOTEUR ÉCONOMIQUE DURABLE
Le gouvernement gabonais vient de lancer une réforme ambitieuse de la fiscalité forestière. Objectif : mieux tracer le bois, accroître les recettes publiques et transformer la filière pour qu’elle devienne un pilier de l’économie nationale.

Une décision qui s’inscrit dans la volonté du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, de mettre fin aux « fuites de richesse » et d’imposer une gouvernance plus rigoureuse des ressources naturelles.


Un secteur clé, longtemps sous-exploité


Avec près de 22 millions d’hectares de forêts, soit plus de 85 % du territoire national, le Gabon possède l’un des plus grands massifs forestiers d’Afrique centrale. Pourtant, la contribution du secteur au produit intérieur brut reste modeste, environ 3 %, selon les chiffres du ministère de l’Économie. Derrière ces chiffres se cache une réalité contrastée : malgré l’abondance du bois, les retombées financières demeurent faibles et la chaîne de valeur, incomplète. Trop souvent, les grumes partent à l’exportation sans transformation locale, privant le pays de milliers d’emplois et de recettes fiscales. C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé d’agir, en réformant en profondeur la fiscalité forestière, pour concilier économie, environnement et équité.


Revoir la fiscalité pour mieux encadrer le bois


Le cœur de la réforme repose sur trois leviers majeurs : la transparence, la traçabilité et la valorisation. Un nouveau système de contrôle numérique permettra de suivre chaque grume depuis l’abattage jusqu’à sa transformation ou son exportation. Les exportations de bois brut seront davantage taxées, tandis que les entreprises locales de transformation bénéficieront d’allègements fiscaux. Le gouvernement vise à doubler les revenus du bois d’ici à 2030 en incitant les opérateurs à transformer sur place plutôt qu’à exporter.


Une réforme sous pression internationale


Le Gabon est considéré comme un pays forestier modèle en Afrique centrale, notamment pour son engagement en faveur de la durabilité et de la certification (FSC). Mais le pays reste sous la surveillance des bailleurs et institutions internationales, qui réclament plus de transparence dans la gestion de ses ressources. Selon la Banque mondiale, la réforme fiscale forestière doit permettre de concevoir des politiques durables alliant croissance, préservation et recettes budgétaires.


Entre ambition et défis logistiques


Sur le papier, le projet séduit. Mais sur le terrain, les obstacles restent nombreux : infrastructures insuffisantes, manque de techniciens formés et gouvernance parfois défaillante. La mise en place d’un système de traçabilité efficace implique une administration réactive et incorruptible.


Le précédent du kévazingogate


Difficile de parler de traçabilité sans évoquer le kévazingogate, ce scandale de 2019 où plusieurs centaines de conteneurs de bois précieux avaient disparu des circuits officiels. Cette fois, les autorités assurent que les leçons ont été tirées : un dispositif de contrôle numérique avec codes QR et inspections croisées est en cours d’instauration.


Une manne potentielle pour le budget de l’État


Le gouvernement estime que la réforme pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards de francs CFA supplémentaires par an. Près de 40 % des revenus du secteur échapperaient aujourd’hui au fisc. L’amélioration de la traçabilité et de la taxation vise à combler ce manque à gagner tout en finançant les programmes de développement local et les infrastructures forestières.


Une ambition verte : allier économie et écologie


Le Gabon veut se positionner comme un leader du bois durable. Déjà reconnu pour son rôle dans la lutte contre le changement climatique, le pays entend désormais faire de sa forêt un modèle économique équilibré. « Nous ne voulons plus être un simple exportateur de matières premières, mais un transformateur responsable de nos ressources », confie un cadre du ministère de l’Environnement.


Et après ? Le succès dépendra de la mise en œuvre


Reste à savoir si cette réforme tiendra ses promesses. Les experts estiment que la clé du succès résidera dans la transparence des données, le contrôle effectif des exploitants, le renforcement de la transformation locale et l’intégration des communautés locales à la gouvernance forestière.


 

Par Rédaction TV+ AFRIQUE

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