L’EAU SE FAIT TOUJOURS ATTENDRE
Dans le sixième arrondissement de Libreville, à Bambouchine, l’eau courante reste un luxe inaccessible. Malgré les promesses répétées de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), les robinets des habitants n’ont jamais laissé couler la moindre goutte. Depuis près de dix ans, ce quartier vit au rythme de la pénurie.
Chaque jour, hommes, femmes et enfants parcourent des kilomètres avec des bidons pour trouver de l’eau. Une scène devenue tristement banale.
« Voici mon robinet, ça fait plus de dix ans qu’on n’a pas d’eau »
explique Lydia, une habitante. Elle nous montre son puits, creusé de ses propres mains, qui représente la seule source d’eau pour sa famille.
Le calvaire est quotidien.
« On vit comme au village. Dans mon village natal, on a l’eau, mais ici à Libreville, on n’en a pas »
s’indigne-t-elle. À force, les gestes sont devenus mécaniques : porter, marcher, attendre.
« On a un système de verser de l’eau de javel dans le puits où nous puisons de l'eau. Dieu merci que ça n’a pas provoqué des décès ou des malades »
ajoute-t-elle.
Le réseau de distribution, censé desservir le quartier, est criblé de fuites, fissuré, archaïque. Les canalisations, bien que visibles, restent désespérément sèches.
« Quand l’eau vient, ça s’arrête en bas là-bas. Nous, ici, on n’a jamais eu une goutte »
affirme un autre résident. La SEEG, pointée du doigt, multiplie les annonces de réhabilitation, mais sur le terrain, rien ne bouge. Des mots sans suite, des engagements cousus de fil blanc.
La colère monte. Les habitants, désemparés, paient un lourd tribut à cette crise hydrique.
« Vraiment, ça nous embête. Se laver, cuisiner, c’est quasiment impossible en ce moment »
déplore une mère de famille.
« L’eau, c’est la vie. Sans eau, on ne peut pas vivre »
insiste-t-elle. Le quartier Bambouchine ne veut plus de discours, il attend des actes.