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TOUT A BASCULÉ

TOUT A BASCULÉ
Libreville semblait cadenassée. La capitale gabonaise était figée le 29 août 2025, comme encerclée par des ennemis invisibles. Aux carrefours, des militaires en armes, silencieux, les regards fermés.

Libreville semblait cadenassée. La capitale gabonaise était figée le 29 août 2025, comme encerclée par des ennemis invisibles. Aux carrefours, des militaires en armes, silencieux, les regards fermés. Les taxis se faisaient rares, les rues presque vides, les habitants cloîtrés chez eux. Le calme apparent était trompeur : l’inquiétude était à son comble. Tout le monde s’attendait à des émeutes en cas de réélection d’Ali Bongo Ondimba.


Puis, à 3 h 30 du matin, le 30 août 2023, en plein couvre-feu, alors que l’Internet était coupé depuis samedi, les résultats de l’élection présidentielle sont annoncés à la télévision, sans préavis. Stéphane Bonda, président du Centre gabonais des élections, déclare Ali Bongo Ondimba réélu avec 64,27 % des voix. Le taux de participation : 56,65 %. Mais l’effet surprise ne tarde pas.


À 4 h, une douzaine de militaires font irruption à l’antenne de Gabon 24, chaîne logée au cœur du palais présidentiel. Ils annoncent la dissolution des institutions et l’annulation du scrutin, dénonçant des résultats « tronqués ». Froidement, méthodiquement, ils proclament la naissance du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Un coup d’État digne d’un master class, sans effusion de sang. Des images de l’ex-première dame apparaissent en boucle où elle blâme le Président déchu Ali Bongo Ondimba puis chuchotent à l’oreille d’un haut gradé.  Et Ali Bongo fait un signe de la main comme s'il aurait dit “je m’en fiche” ,“ ce sont des foutaises” lors de la célébration de la fête du 17 août 2023, la tribune de l’indépendance. 


Cueillis à froid, les Gabonais allument leurs téléviseurs, réveillent leurs proches. Très vite, la foule en liesse descend dans les rues, applaudissant les militaires, leur servant café et eau. Les vidéos de l’ex-première dame blâmant son mari, et un Ali Bongo visiblement dépassé lors de la fête du 17 août, refont surface. Le piège se referme.


À midi, les médias internationaux confirment : les Bongo, après 55 ans de règne, sont renversés. Libreville enflammé, Port-Gentil la frondeuse en liesse. Le général Brice Oligui Nguema, tombeur d’Ali Bongo, est désigné président de la Transition. Ali Bongo est placé en résidence surveillée. Son fils Noureddin, accusé de haute trahison, est neutralisé.


Le 30 août restera gravé dans la mémoire collective comme la plus belle journée des Gabonais. Le pays retient son souffle, mais cette fois, d’espoir. Les uns appellent les autres, les messages affluent. La ferveur populaire atteint son paroxysme. 







 

Par Pamphile EBO

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