PORT DE LA BLOUSE
Depuis plusieurs heures Port-Gentil tourne au ralenti. Les klaxons des taxis ont cessé de retentir dans les rues, remplacés par des conversations énervées sur les trottoirs. La cause ? Une grève déclenchée par le Collectif des taximen gabonais pour protester contre l’obligation du port de la blouse de travail imposée par la mairie. Une mesure qui, à en croire les chauffeurs, cache la volonté d’uniformisation.
Le tissu de la discorde, c’est cette blouse censée être portée par tous les conducteurs de taxi de la ville. Selon les grévistes, elle est non seulement inconfortable mais surtout imposée à un prix jugé excessif : 16 000 francs CFA pour deux pièces.
« Ce tissu est trop lourd. On travaille toute la journée sous un soleil de plomb. Ce n’est pas une tenue, c’est une punition ! »
s’indigne un chauffeur, adossé à son véhicule garé au siège de la Cosyga, point névralgique du mouvement.
Mais là où les discussions achoppent vraiment, c’est sur l’identité du couturier retenu pour confectionner les fameuses blouses. L’attribution du marché à un tailleur ivoirien a mis le feu aux poudres. Pour les grévistes, c’est une entorse grave aux appels répétés du gouvernement à soutenir les artisans locaux.
« C’est une escroquerie organisée ! Pourquoi aller chercher un étranger quand nos couturiers croupissent dans la misère ? »
tempête un autre taximan.
Depuis l’annonce de la grève, la situation a fait boule de neige. Tous les syndicats de chauffeurs ont rejoint le mouvement, laissant les Port-Gentillais sans moyen de transport. Les files d’attente se sont allongées devant les rares bus encore en circulation. La ville est paralysée.
Face à cette mobilisation, la mairie n’a pas tardé à réagir. Le Délégué spécial, le général Rizogo Rousselot, est monté au créneau pour fustiger l’attitude des grévistes, affirmant que « nul n’est au-dessus de la loi ». Il a brandi la menace de sanctions à l’encontre des réfractaires, arguant que l’arrêté municipal 004 du 12 mars 2025 devait s’appliquer sans exception. Une sortie qui, loin d’apaiser les tensions, a plutôt fait mouche.
Pour tenter de calmer le jeu, le général Rizogo a expliqué que la mairie ne percevait qu’une taxe de 500 francs sur chaque blouse, le reste étant reversé au couturier pour sa prestation. Un argument qui n’a pas suffi à desserrer l’étau autour de la mairie. Les chauffeurs estiment qu’ils sont pris en otage dans une affaire qui dépasse le simple port d’uniforme.
Le Collectif, qui avait initialement prévu de déclencher la grève le 7 août, a donc mis sa menace à exécution avec une semaine d’avance. Les chauffeurs, eux, restent déterminés. Beaucoup se sentent trahis et affirment qu’ils ne céderont pas tant que leurs revendications ne seront pas prises à bras le corps par les autorités.