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RÉTROCESSION

RÉTROCESSION
Deux personnalités gabonaises, Jonathan Ntoutoume, Dr en géopolitique et en géostratégie du Pétrole et enseignant Chercheur à l'Uinervité Omar Bongo (UOB), et Paskhal Nkoulou, acteur politique, ont apporté un éclairage sur la portée de cette décision.

Depuis le 19 mai dernier 2025, la décision rendue par la Cour internationale de justice (CIJ) reconnaissant la souveraineté de la Guinée équatoriale sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga a provoqué une onde de choc politique et émotionnelle au Gabon. Alors que les réactions se multiplient dans l’opinion publique, l’intervention du Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, appelant à la retenue et à la sagesse, a permis de recentrer le débat sur les enjeux diplomatiques, juridiques et nationaux de cette affaire.


Deux personnalités gabonaises, Jonathan Ntoutoume, Dr en géopolitique et en géostratégie du Pétrole et enseignant Chercheur à l'Uinervité Omar Bongo (UOB), et Paskhal Nkoulou, acteur politique, ont apporté un éclairage sur la portée de cette décision et les perspectives qu’elle ouvre.


 


Un verdict aux implications profondes


Jonathan Ntoutoume a salué la prise de parole du Président de la République au cours de l'émission Ligne de Mire de TéléAfrica. Mais il a regretté qu’elle n’ait pas été faite directement à la nation :


« Même si nous aurions souhaité que le Président s'adresse de vive voix aux Gabonais, le message officiel a le mérite de poser un cadre d’apaisement »


Dans son analyse, Jonathan Ntoutoume insiste sur la gravité du moment. Il a estimé que l’arrêt de la CIJ constitue une perte significative de territoire pour le Gabon. Il a évoqué « près de 400 kilomètres » :


« Les populations sont en courroux et attendent des explications claires. Ce dossier a été suivi pendant deux décennies par nos experts. Il est donc naturel que ceux-ci viennent désormais rendre compte devant la représentation nationale »


L'universitaire Jonathan Ntoutoume va plus loin en questionnant les fondements juridiques du verdict. Il rappelle que la CIJ a fondé sa décision sur la convention franco-espagnole de 1900, mais qu’elle a ignoré un autre texte fondamental dans ce dossier : le traité de Bata.


« Si le traité de Bata est écarté, alors on revient à une frontière antérieure qui placerait certaines zones aujourd’hui équato-guinéennes, comme Mongomo ou Ebebeyin dans le territoire gabonais »
Dans cette logique, il estime que les négociations doivent maintenant s’ouvrir sur de nouvelles bases.


 


Transparence et légitimité : le rôle du Parlement


Pascal Nkoulou, pour sa part, a insisté sur la nécessité de traiter cette question dans un cadre institutionnel rigoureux.


« Le Parlement est l’expression de la souveraineté nationale. Une décision qui concerne un pan de notre territoire doit lui être expliquée dans le détail » 


Pascal Nkoulou évoque même la possibilité d’un Congrès, c’est-à-dire une réunion conjointe des deux chambres, pour entendre les explications des experts ayant défendu la position gabonaise à la Haye. Une procédure exceptionnelle, mais proportionnée à la gravité de la situation selon lui. Il ajoute également que les émotions, bien que légitimes, ne doivent pas entraver le traitement diplomatique du dossier :


« C’est un sujet de droit. On peut être affecté par la perte d’un territoire, mais les réponses doivent rester dans le cadre des institutions »


Pour l’acteur politique, cette crise ne doit pas remettre en question les relations fraternelles entre le Gabon et la Guinée équatoriale, membres de la CEMAC et partenaires dans plusieurs projets régionaux. Il met en garde contre les effets d’un isolement diplomatique. Il préfère miser sur une sortie concertée de crise.


 


L’enjeu de la paix régionale


Si les deux intervenants divergent sur certains points, notamment la portée politique de la décision, ils s’accordent à reconnaître que le message du Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema vient à point nommé. Jonathan Ntoutoume, qui salue « la fermeté et la retenue du président », estime néanmoins qu’il faudra beaucoup plus qu’un communiqué pour apaiser les tensions :


« Le Président a tenté de rassurer. Mais dans une affaire aussi sensible, seule la vérité factuelle sur les négociations passées peut rétablir la confiance entre l’État et ses citoyens »


Il met par ailleurs en garde contre toute lecture simpliste de cette affaire :


« Ce n’est pas qu’un dossier de souveraineté, c’est une affaire de mémoire, d’identité et d’archives » 


 


Une sortie de litige pas encore définie


Alors que la CIJ a tranché sur la souveraineté des îles litigieuses, la redéfinition des frontières terrestres et maritimes reste en suspens. Pour Jonathan Ntoutoume, la balle est désormais dans le camp des deux États :


« Soit la Guinée équatoriale applique strictement le droit et accepte de rétrocéder certaines zones frontalières, soit elle campe sur sa victoire, et dans ce cas, le Gabon devra réclamer des compensations claires » 







 




Par Pamphile EBO

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