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La Cour internationale de justice (CIJ) a tranché le 19 mai 2025: les îles Mbanié, Conga et Cocotier sont attribuées à la Guinée équatoriale.

La Cour internationale de justice (CIJ) a tranché le 19 mai 2025 : les îles Mbanié, Conga et Cocotier sont attribuées à la Guinée équatoriale. Ce verdict met fin à une longue bataille juridique et diplomatique entre Malabo et Libreville. Invité sur le plateau de TéléAfrica, le docteur en géopolitique Jonathan Ntoutoume a livré une analyse lucide et pédagogique sur cette décision, ses origines, ses conséquences, et les leçons à en tirer pour le Gabon.


 


Une décision lourde de sens, mais pas inédite


Dès l’entame de son intervention, Jonathan Ntoutoume remet cette décision dans une perspective historique.


« La situation des États n’est jamais statique. Il y a toujours des évolutions : dislocation ou réunification. L’Afrique, elle, traîne depuis longtemps le poids de frontières coloniales souvent mal définies »


rappelle-t-il. Si les frontières terrestres se basent sur des repères naturels (montagnes, rivières), les frontières maritimes, elles, sont bien plus complexes à tracer, nécessitant des moyens techniques sophistiqués comme des navires spécialisés. Il explique notamment que


« la fixation des frontières maritimes coûte cher et repose sur des coordonnées géodésiques invisibles, contrairement aux frontières terrestres »


Jonathan Ntoutoume rappelle que la Convention de Montego Bay de 1982 avait déjà jeté les bases du droit maritime international. Cependant, malgré ce cadre juridique, de nombreuses tensions subsistent entre les États riverains, en particulier dans le Golfe de Guinée.


 


La perte d’une bataille, pas d’une guerre


Au sujet de la décision de la CIJ, l’universitaire se veut réaliste, mais apaisant.


« C’est une décision dure, mais c’est la loi »


explique-t-il. Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas en faire un outil de discorde politique.


« On commence à lire sur les réseaux sociaux des attaques contre le président Bris Clotaire Oligui Nguema. Mais soyons honnêtes : ce dossier était quasiment bouclé avant son arrivée au pouvoir »


L’enseignant rend hommage aux personnalités qui ont porté le dossier côté gabonais, notamment feu le professeur Pambou Tchivounda et Madame Marie-Madeleine Mborantsuo. Selon lui


« ils ont tout donné pour défendre les arguments gabonais devant la CIJ, mais malheureusement, la justice internationale en a décidé autrement »


 


L’oubli des archives, une faute nationale


L’analyse de Jonathan Ntoutoume ne se limite pas au juridique ou au diplomatique. Il déplore surtout un mal bien plus profond : l’amnésie administrative du Gabon.


« Ce qui nous a fait défaut, c’est l’absence de mémoire, c’est-à-dire l’absence d’archives »


Il accuse l’État gabonais de négligence manifeste, d’avoir détruit des traces du passé au nom de la modernité. Il insiste sur le fait que


« l'on ne détruit pas la mémoire d’un pays : bâtiments historiques, archives, tout doit être conservé, car sans mémoire, on perd ses droits ». Cette carence aurait joué un rôle déterminant dans la faiblesse du dossier gabonais devant la CIJ.


 


Calme et responsabilité


Jonathan Ntoutoume refuse toute dramatisation excessive.


« Ce sont des îlots inhabités et inhabitables. Leur perte est douloureuse, mais ce n’est pas la fin du Gabon » 


Pour lui, ce revers doit plutôt servir d’électrochoc. Il plaide pour une meilleure gestion des archives, une stratégie de sécurisation des frontières et une diplomatie proactive. Il conclut :


« Ce n’est pas une défaite définitive. L’histoire nous montre que les territoires se perdent et se récupèrent. Ce qui compte, c’est de tirer des leçons »




Par Pamphile EBO

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