ALERTE
À l’occasion d’une conférence de presse tenue ce mercredi 30 avril 2025 à Libreville, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a tenu à alerter sur les dangers que pourrait représenter une levée de l’immunité dont jouit actuellement la Banque centrale dans la sous-région. Il s’exprimait dans le cadre de la présentation d’un nouvel accord entre les gouvernements de la CEMAC et les compagnies pétrolières sur le mécanisme de rapatriement des fonds liés aux Fonds de Remise en État des Sites (RES).
Dans sa déclaration, le gouverneur a mis en garde contre les risques géopolitiques majeurs que pourrait entraîner une telle décision.
« C’est beaucoup plus grave que cela. Ce dossier accueille une dimension géopolitique »
a-t-il affirmé. Il a souligné que la levée de cette immunité pourrait exposer les avoirs de la BEAC à des blocages ou à des gels décidés par des puissances étrangères.
Selon Yvon Sana Bangui, ce scénario pourrait compromettre l’accès aux réserves qui permettent notamment le financement des importations.
« Nos pays sont dépendants des importations. Les réserves de la Banque centrale servent au règlement des factures »
a-t-il insisté. Il a rappelé que ces fonds sont transférés via les comptes d’opérations et d’autres correspondants à l’international.
La conférence a également été l’occasion de revenir sur le nouveau cadre négocié avec les compagnies pétrolières autour du compte séquestre des fonds RES, destiné à financer la restauration des sites pétroliers exploités. Un accord a été trouvé pour renforcer le rapatriement des fonds issus de l’exploitation pétrolière, avec un taux désormais fixé à 35 %, une évolution que le gouverneur juge équilibrée. À titre de comparaison, il a rappelé que dans la zone UEMOA (BCEAO), les rapatriements sont à 100 %.
« Il ne s’agit pas d’un rapport de force entre forts et faibles, mais d’un engagement commun pour plus de transparence et un meilleur contrôle des flux financiers »
a précisé Yvon Sana Bangui. Il a également regretté que certains sites pétroliers n’aient toujours pas été restaurés, et évoqué l’éventualité d’audits à venir pour mesurer l’impact financier et réputationnel de cette situation.
Enfin, Yvon Sana Bangui a réaffirmé le mandat confié à la BEAC par les États membres de la CEMAC :
« gérer les réserves de change, émettre les billets, assurer la stabilité monétaire et promouvoir un système de paiement fiable »
Il a appelé à une coopération accrue entre les gouvernements, les entreprises et les institutions financières pour garantir une gestion rigoureuse et durable des ressources.