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PEUT S’EFFONDRER

PEUT S’EFFONDRER
Les bâtiments des « 3 quartiers » et des « 90 logements » sont dans un tel état de vétusté qu’un pan peut s’effondrer

À Libreville, la situation est tendue dans les « Trois quartiers » et les « 90 logements » du 1er arrondissement. Ces zones, autrefois réservées aux fonctionnaires, sont aujourd’hui au cœur d’une bataille entre anciens occupants et l’État, propriétaire des lieux. En cause : la vétusté des bâtiments, les occupations illégales et un projet de réhabilitation qui menace d’expulser près de 1 000 personnes.


Selon des informations recueillies auprès de la Direction générale du patrimoine, plusieurs fonctionnaires continuent d’occuper ces logements alors qu’ils n’y ont plus droit. Certains y vivent par sous-location, d’autres les ont hérités de leurs parents ou connaissances sans passer par la voie légale.


« Ce sont des logements de l’État, mais on y vit comme dans des propriétés privées »


a déclaré un responsable du patrimoine sous couvert d’anonymat.


Les bâtiments, eux, tombent en ruine. Un bloc de béton s’est détaché récemment d’un étage, selon la concierge d’un immeuble, à cause de l’effritement des murs. Les caves ont été transformées en chambres ou en buvettes, les fosses septiques ne fonctionnent plus et certains locataires, faute d’installations sanitaires, sont contraints de faire leurs besoins ailleurs. L’expertise des sapeurs-pompiers est sans appel : les lieux représentent un danger imminent.


Malgré les risques, une majorité de résidents refusent de quitter les lieux. La Direction du patrimoine a tenté d’organiser une rencontre de conciliation : sur une centaine de convocations, seulement une trentaine de personnes ont répondu présentes. Pourtant, les autorités affirment qu’un plan d’indemnisation est prévu.


« Nous ne comprenons pas leur refus. Ils seront indemnisés comme prévu par les textes »


a confié le DGA du patrimoine au journaliste de TV+Afrique.



Une partie du problème réside dans la mauvaise foi de certains occupants. Plusieurs anciens fonctionnaires, aujourd’hui propriétaires ailleurs, continuent de percevoir des loyers sur ces logements de l’État, sans reverser un sou au Trésor public. Ils louent ces appartements à des tiers, souvent dans des conditions indignes, mettant en danger la vie des occupants.


Parmi les irréductibles, des retraités estiment que l’État leur doit encore des compensations pour leurs années de service. Pour eux, quitter ces logements équivaudrait à renoncer à une dette morale de l’État. Certains logements sont d’ailleurs occupés par des enfants ou petits-enfants d’anciens fonctionnaires, parfois depuis trois générations. Il a été demandé à ces résidents de signer une décharge indiquant que s’il leur arrive une catastrophe dans ces bâtiments, ils ne s’en prennent qu’à eux-mêmes. 


Le gouvernement n’en est pas à sa première tentative. Selon un document officiel daté de 1987, les résidents auraient dû quitter les lieux sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba. Mais rien n’a bougé.


En parallèle, le cas des Libanais installés à proximité a été évoqué. Contrairement aux résidents gabonais, ces derniers ont signé des contrats en bonne et due forme avec l’État et paient régulièrement leurs loyers.


Par Pamphile EBO

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