LE PDG ET SON ÉTRANGE SUSPENSE À L’APPROCHE DE LA PRÉSIDENTIELLE : ENTRE HÉSITATION ET STRATÉGIE POLITIQUE
L’absence d’un candidat officiel du Parti Démocratique Gabonais (PDG) lors du dépôt des dossiers auprès de la Commission Nationale d’Organisation et de Coordination des Élections et du Référendum (CNOCER) a suscité de nombreuses interrogations parmi les analystes et les observateurs de la scène politique nationale. Cet évènement a été interprété, à tort ou à raison, comme un « aveu d’échec », une volonté de prendre ses distances les joutes électorales à venir. Pourtant, à quelques mois du scrutin présidentiel prévu le 12 avril 2025, les questions autour du choix du PDG restent vives, alimentées par la stratégie de temporisation mise en place par le parti.
Hier 19 mars 2025, lors d’une réunion stratégique, Angélique Ngoma, la secrétaire générale du PDG, a réaffirmé la position du parti. Le PDG attendra de connaître les projets de société des différents candidats avant de se prononcer sur le soutien qu’il accordera.
« En l’absence des projets de société des candidats, le PDG fera connaître son choix et sa consigne de vote dans un proche avenir »
a-t-elle déclaré, ne faisant qu’ajouter une couche supplémentaire au mystère qui plane autour de la posture du parti. Un choix important, qui pourrait être décisif, mais qui reste suspendu à l’analyse des propositions des candidats en lice.
Le suspens est d’autant plus palpable qu’aucun candidat n’a encore été désigné officiellement par le PDG, bien que certains murmures laissent entendre que le choix serait déjà fait, et que seules des discussions sur des détails subsistent. Des tractations intenses se poursuivent en coulisses. Mais la scène politique attend toujours un signal clair de la part de ce géant politique, anciennement dominant.
Cette indécision n’est pas une simple tactique de communication. Elle s’inscrit dans un contexte de reconstruction interne. Après la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba et le coup de libération qui a renversé son ancien camarade de longue date, le PDG a entamé un profond processus de réévaluation de son rôle et de son avenir dans la vie politique gabonaise. Lors de son 13ᵉ congrès extraordinaire, tenu le 30 janvier 2025, le parti a renouvelé son exécutif et amorcé une refondation de son organisation interne, avec pour objectif de s’adapter aux nouvelles réalités politiques du pays.
Cette nouvelle phase a également vu le lancement d’un processus de concertation interne visant à définir la ligne politique du PDG pour les élections à venir. Ce désir de modernisation se veut une réponse à l'évolution démocratique du pays, mais il soulève également des questions sur la capacité du PDG à revenir au premier plan.
Si le PDG n'a pas encore pris position de manière officielle, il est clair que sa décision sera conditionnée par la clarté des projets des candidats. Le parti semble vouloir éviter une erreur stratégique, et entend ne pas se laisser piéger dans un soutien inconditionnel à un candidat sans programme solide. Mais cette prudence s’accompagne d’un jeu de coulisses bien plus compliqué que ce qu’elle laisse transparaître.
Le paysage politique gabonais s’est transformé, avec plusieurs partis et mouvements qui se sont rassemblés autour de Brice Clotaire Oligui Nguema, l’actuel Président de la transition. Bien que des voix internes au PDG laissent entendre un soutien à Brice Clotaire Oligui Nguema, le soutien officiel n’a pas encore été donné. Le fait que certains anciens cadres du PDG, comme Alain Claude Bilie-By-Nze et Stéphane Germain Iloko Boussengui, aient quitté le parti récemment, après des critiques acerbes, complique encore plus la donne. Le PDG pourrait-il se rapprocher de l’ancien allié devenu rival, ou préfère-t-il rester indépendant dans ses choix ?
En parallèle, la formation dirigée par Angélique Ngoma semble vouloir maintenir son rôle d’arbitre. Des discussions internes et des spéculations alimentent encore le mystère.
Le PDG semble se retrouver à la croisée des chemins. D’un côté, il existe une forte pression populaire et politique pour qu’il se range du côté de Brice Clotaire Oligui Nguema, dont la popularité ne cesse de croître. De l’autre, le PDG, avec son poids historique, demeure une force incontournable qu’aucun acteur politique ne peut ignorer. Son silence, même si stratégique, pose la question de sa place dans le jeu politique. Le suspense est réel, mais il reflète aussi un parti qui se cherche encore.