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QUI TOUCHE LES MILLIARDS ?

QUI TOUCHE LES MILLIARDS ?
Libreville, 7,7 milliards FCFA pour indemniser les expropriations routières.





L’évaluation de la charge financière globale pour l’État

 

Mobiliser plus de 7,7 milliards de FCFA uniquement pour le dédommagement en amont des chantiers représente un investissement public massif. Cette enveloppe budgétaire considérable démontre l’impact réel et parfois sous-estimé de la libération des emprises routières sur les finances du pays. Au Gabon, les projets d'infrastructures se heurtent systématiquement à la densité du bâti urbain existant, obligeant le Trésor public à verser des compensations astronomiques avant même de lancer les travaux de terrassement. Ce montant colossal interroge directement la viabilité à long terme de notre modèle de planification urbaine, où l'acquisition foncière coûte parfois plus cher que le bitume lui-même. C’est un choix financier lourd de conséquences qui grève les capacités d'investissement direct de l'État dans d'autres secteurs prioritaires, mais indispensable pour débloquer le développement de la capitale.

 


La disparité sectorielle des coûts d’expropriation

 

La répartition inégale de l'enveloppe (43 % pour le Lac Bleu (3 356 370 000 FCFA), 33 % pour Okala (2 580 918 867 FCFA) et 24 % pour Diba-Diba (1 811 532 280 FCFA) traduit des réalités de terrain très différentes. Cette segmentation financière rigoureuse met en exergue  l'hétérogénéité flagrante du tissu immobilier et socio-économique des trois zones concernées par les futurs tracés routiers. Le secteur du Lac Bleu absorbe à lui seul près de la moitié des fonds, une concentration qui s'explique par la densité extrême des constructions résidentielles et la valeur commerciale des parcelles impactées. À l'inverse, Diba-Diba affiche des coûts globaux plus modestes malgré un nombre élevé de parcelles touchées par le tracé. Ces écarts macroéconomiques illustrent parfaitement la complexité des évaluations foncières menées par les services techniques de l'État gabonais, confrontés à des topologies urbaines radicalement opposées d'un quartier à un autre.

 


Le ratio coût par habitant et par bâti

 

L'analyse fine des données disponibles (ex: 2,58 milliards FCFA pour 69 propriétaires à Okala contre 1,81 milliard FCFA pour 139 familles à Diba-Diba) révèle un écart majeur de la valeur moyenne d'indemnisation par ménage. Cette équation mathématique simple met en relief les profondes inégalités matérielles qui caractérisent la banlieue de Libreville. À Okala, la moyenne par sinistré atteint des sommets vertigineux en raison du standing élevé des villas et de la nature commerciale des infrastructures détruites le long de l'axe principal. À Diba-Diba, l'enveloppe globale est redistribuée entre un nombre double de familles, ce qui donne une indemnisation individuelle moyenne beaucoup plus faible pour des habitations souvent plus modestes. Ce ratio met en évidence une justice indemnitaire purement comptable, basée sur la valeur matérielle marchande plutôt que sur les besoins sociaux réels des populations les plus vulnérables.

 


La volonté politique de garantir la « paix sociale »

 

Le versement effectif de ces milliards avant l'arrivée définitive des bulldozers ou le jour même témoigne d’une volonté de rompre avec les anciennes pratiques de déguerpissements brutaux et non compensés. Les nouvelles autorités gabonaises affichent ici une doctrine limpide. Aucun engin de chantier ne doit détruire une habitation sans qu'un accord financier préalable n'ait été trouvé et liquidé. Cette approche préventive vise explicitement à désamorcer la contestation populaire et à maintenir une forme de stabilité politique dans un contexte social globalement tendu. Payer le juste prix avant l'action destructive est une stratégie de communication redoutable qui permet de légitimer la force publique lors des démolitions futures. Le gouvernement transforme ainsi une obligation légale complexe en un argument politique fort pour prouver son humanisme et sa considération envers les citoyens.

 


Au-delà du cash, l'articulation entre compensation financière et foncière

 

L'enveloppe de 7,7 milliards de FCFA n'est que la partie monétaire d'un plan d'accompagnement qui intègre la distribution de parcelles de relogement dotées de titres fonciers (notamment sur le site de Malibé). Ce double mécanisme d'indemnisation prouve que l'État cherche à éviter de transformer les expropriés en sans-abris ou en nouveaux pauvres urbains. Recevoir de l'argent liquide ne suffit pas toujours à se réinstaller durablement dans une capitale où l'accès à la terre reste un parcours du combattant juridique. L'octroi simultané d'une parcelle sécurisée à Malibé pour nombre de foyers constitue donc une avancée notable pour la pérennité sociale de cette opération d'envergure. Cependant, la réussite de ce modèle dépendra entièrement de la capacité réelle des autorités à viabiliser rapidement ces nouveaux sites d'accueil en électricité, en eau potable et en voies d'accès praticables pour les familles.

 


Le défi logistique et temporel du déblocage des fonds

 

Orchestrer le paiement rapide de milliards de FCFA à des centaines de familles en respectant les procédures de validation administrative est un parcours complexe. Les guichets du Trésor public se retrouvent soumis à une pression immense pour émettre, vérifier et distribuer des centaines de chèques dans des délais extrêmement serrés. Sur le terrain, ce défi logistique engendre inévitablement des frictions temporelles, certains sinistrés voyant leurs bâtiments détruits alors que leur dossier administratif subit encore des lenteurs de traitement bancaire. Les réclamations pour erreurs de noms ou contestations de montants ralentissent le processus global, créant une atmosphère d'incertitude et de stress pour les ménages. La bureaucratie gabonaise doit faire preuve d'une agilité exceptionnelle pour concilier le calendrier politique d'urgence des chantiers routiers avec la rigueur administrative requise pour de tels décaissements.

 


L'impact psychologique et le bouleversement du tissu social

 

Même dotée de milliards, l'expropriation massive de près de 300 bâtiments détruit des repères de vie communautaire, des commerces de proximité et des structures cultuelles ou sanitaires (comme la mosquée ou le dispensaire d'Okala). L'argent, aussi abondant soit-il, ne compense pas instantanément le déracinement culturel et la perte des réseaux de solidarité de voisinage construits sur des décennies. Les commerçants locaux perdent brutalement leur clientèle historique, tandis que les enfants doivent parfois changer d'école en milieu d'année scolaire en raison de l'éloignement géographique induit par le relogement périphériques. Ce coût humain invisible échappe totalement aux tableurs Excel des ministères de l'Économie et de l'Habitat. La reconstruction des liens sociaux rompus sera beaucoup plus longue et difficile que la simple reconstruction des maisons détruites.

 


L’accélération des projets d’infrastructures du Grand Libreville

 

Le règlement de ce contentieux financier à hauteur de 7,7 milliards est la condition sine qua non pour transformer ces axes stratégiques en routes de 30 mètres en 2×2 voies. Cet investissement massif dans les indemnisations prépare le terrain pour une transformation radicale de la mobilité urbaine au nord et à l'est de Libreville. En élargissant ces goulots d'étranglement que sont Okala, Diba-Diba et le Lac Bleu, l'État vise une fluidification majeure du trafic économique vers l'aéroport international et la commune d’Akanda. Le gain de temps pour les usagers et la réduction des coûts logistiques pour les entreprises nationales justifient, à long terme, ce sacrifice budgétaire immédiat. C'est le prix à payer pour faire entrer la capitale gabonaise dans la modernité urbaine et soutenir durablement la croissance économique globale du pays.

 


La transparence budgétaire et le risque de spéculation foncière

 

Une telle masse d'argent injectée requiert des mécanismes de contrôle rigoureux pour éviter les dérives de gouvernance (faux propriétaires, surévaluation de bâtisses de fortune). Les opportunités de détournement ou de spéculation sauvage sont immenses lorsqu'on manipule des milliards de FCFA dans l'urgence des chantiers publics urbains. Les brigades de contrôle de la présidence et du ministère de l’Habitat ont dû mener des enquêtes parcellaires pointilleuses pour débusquer les fraudeurs de dernière minute ayant construit des structures provisoires juste pour toucher des primes. Garantir que chaque franc CFA dépensé va réellement à un citoyen spolié légitime constitue le test ultime de probité pour les institutions de la transition. La transparence totale sur l'identité des bénéficiaires et les critères précis d'évaluation reste la seule arme efficace pour préserver les deniers publics gabonais.




Par Pamphil

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