25 MILLIARDS POUR ENTREPRENDRE, APRÈS LA POLÉMIQUE SUR LA "PARESSE", COMMENT OBTENIR UN CRÉDIT ?
Elle oppose ceux qui entreprennent à ceux qui attendraient un emploi. Mais cette lecture laisse dans l’ombre une interrogation essentielle, entre l’envie de créer une activité et l’obtention d’un financement, les candidats connaissent-ils les étapes à franchir ?
La création de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon constitue une réponse institutionnelle au besoin d’accompagnement. Annoncée en décembre 2023, puis inaugurée le 18 décembre 2024 durant la Transition, la BCEG doit notamment soutenir les petites entreprises et les entrepreneurs par des financements et des services adaptés.
Deux fonds initiés par le président Oligui Nguema complètent cette architecture, 20 milliards de FCFA pour les TPE-PME à travers le FAMAD et 5 milliards pour l’agriculture, selon la directrice générale de la banque. Cette enveloppe de 25 milliards représente une capacité d’intervention annoncée, distincte du capital bancaire. Elle ne constitue ni une subvention individuelle ni une garantie d’acceptation de chaque projet.
C’est précisément là que commence le travail d’explication. Connaître le montant d’un fonds ne signifie pas comprendre son fonctionnement. Un candidat doit savoir à quelle offre il peut prétendre, quels investissements sont finançables, quelles garanties peuvent être demandées et quelles obligations il devra respecter.
La banque, de son côté, examine la viabilité du projet, sa rentabilité, sa capacité de remboursement et les risques. Cette rigueur répond à une responsabilité, prêter des ressources qui doivent revenir pour permettre d’autres financements. Un refus ne démontre donc pas nécessairement l’absence de potentiel ; il peut signaler un dossier insuffisamment préparé ou un risque trop élevé.
Mais ces exigences peuvent aussi créer une difficulté pour les débutants. Comment produire un historique financier lorsque l’entreprise démarre ? Comment établir des prévisions crédibles sans formation en gestion ? Ces questions doivent être examinées avec les conseillers, en distinguant les entreprises existantes des nouveaux projets.
Une fiche "Crédit Entrepreneur" publiée en janvier 2025 mentionne notamment l’identité, le domicile, le business plan, les relevés bancaires, les prévisions de trésorerie, les devis et les garanties proposées. Certaines pièces y sont assorties de réserves, notamment les bilans antérieurs. La liste actualisée doit être confirmée selon la situation du demandeur.
Le coût du crédit mérite la même pédagogie. Une communication d’octobre 2025 annonçait des financements bonifiés à partir de 5 %. Ce taux ne doit pas être présenté comme universel : chaque candidat doit obtenir une proposition précisant intérêts, frais, assurance éventuelle, durée et calendrier de remboursement.
Emprunter signifie restituer le capital et payer les coûts contractuels. Le chiffre d’affaires ne représente pas intégralement une somme disponible, il faut d’abord régler fournisseurs, salaires, loyers et autres charges. Le projet doit conserver assez de trésorerie pour honorer ses échéances, y compris lorsque les ventes ralentissent.
L’accompagnement devient alors aussi important que l’enveloppe financière. La BCEG présente son Atelier PME comme un parcours de diagnostic, de structuration, de formation et de suivi après financement. Son efficacité devrait être appréciée à travers les dossiers améliorés, les entreprises financées et leur pérennité.
L’envie d’entreprendre ne paraît d’ailleurs pas absente, une publication Afrobarometer de novembre 2025 indique que 51 % des jeunes Gabonais interrogés préféreraient créer leur entreprise. Cela reste une intention, mais elle invite à dépasser les caricatures.
Aucune source consultée ne mesure leur connaissance des dispositifs. L’enquête doit donc suivre le parcours réel, information reçue, dossier déposé, décision expliquée, accompagnement obtenu. C’est ainsi que l’on identifiera les obstacles, plutôt qu’en attribuant une attitude à toute une population.