GABON, 26E AFRICAIN
Un indice fondé sur huit dimensions
Le classement du WJP ne constitue pas une évaluation directe du niveau de démocratie des pays. Il repose sur huit facteurs de poids égal : les contraintes imposées au pouvoir gouvernemental, l’absence de corruption, le gouvernement ouvert, les droits fondamentaux, l’ordre et la sécurité, l’application de la réglementation, la justice civile et la justice pénale.
Ces dimensions sont déclinées en 44 indicateurs. L’édition 2026 couvre 143 pays et juridictions et s’appuie sur plus de 215 000 enquêtes auprès des ménages ainsi que sur 3 400 questionnaires remplis par des juristes, des praticiens et des experts. Les scores, compris entre 0 et 1, traduisent la performance des pays selon la méthodologie du WJP.
Cette approche explique pourquoi un État peut obtenir de bons résultats en matière de sécurité, de lutte contre la corruption ou d’efficacité judiciaire, tout en affichant des performances plus faibles sur les libertés publiques.
Le Rwanda, entre sécurité et libertés publiques
Dans l’édition précédente, le Rwanda occupait la première place en Afrique subsaharienne pour l’ordre et la sécurité, l’absence de corruption, l’application de la réglementation et la justice civile. Il se classait cependant huitième pour les droits fondamentaux et cinquième concernant les contraintes imposées au pouvoir gouvernemental.
D’autres classements mettent davantage en évidence les limites du pays en matière de libertés. Freedom House lui attribue 21 points sur 100 en 2026 et le considère comme un pays non libre. Le Rwanda obtient 7 points sur 40 pour les droits politiques et 14 sur 60 pour les libertés civiles. Reporters sans frontières le place, pour sa part, au 139e rang sur 180 pays pour la liberté de la presse.
Ces écarts illustrent les différences entre les méthodologies. Le WJP évalue un ensemble étendu de mécanismes institutionnels et juridiques, tandis que d’autres organismes accordent une place centrale aux libertés politiques, aux droits civils ou à l’indépendance des médias.
Le Burkina Faso face à des résultats contrastés
Le Burkina Faso occupe le 101e rang mondial dans l’édition 2026 du WJP. Dans l’édition précédente, ses résultats variaient sensiblement selon les critères : malgré une 12e place sur 34 pays d’Afrique subsaharienne au classement global, il ne figurait qu’au 32e rang pour l’ordre et la sécurité. Il affichait, en revanche, de meilleures positions pour l’absence de corruption et la justice pénale.
Freedom House lui attribue 20 points sur 100, dont seulement 2 sur 40 pour les droits politiques. Le régime militaire, le report des élections et la répression de la dissidence pèsent sur cette évaluation.
Un recul qui touche la majorité des pays
Derrière les premières places africaines, la Namibie se classe deuxième avec 0,61 point, devant Maurice, le Botswana, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Ghana et le Malawi. L’Algérie et la Gambie complètent les dix premiers pays africains du classement reconstitué à partir des rangs mondiaux.
La tendance générale demeure préoccupante. En Afrique subsaharienne, 23 pays sur les 34 étudiés ont enregistré une baisse de leur score en 2026. À l’échelle mondiale, 62 % des pays et juridictions recensés sont en recul, contre 38 % en progression. C’est la neuvième année consécutive durant laquelle les dégradations sont majoritaires.
Le WJP relève notamment l’affaiblissement des contre-pouvoirs, la réduction de l’espace civique et les ingérences accrues des exécutifs dans les systèmes judiciaires. Sur cinq ans, plus de 86 % des pays ont connu une détérioration d’au moins un des trois facteurs liés aux contraintes sur le pouvoir, au gouvernement ouvert ou aux droits fondamentaux.
À l’échelle mondiale, le Danemark conserve la première place, devant la Norvège, la Finlande, la Suède et le Luxembourg. Le classement rappelle ainsi que l’État de droit ne se résume ni à la sécurité ni au fonctionnement des institutions. Il dépend aussi de la capacité des pouvoirs publics à respecter les limites qui leur sont imposées.
Classement des 38 pays africains couverts par le WJP Rule of Law Index 2026
Le WJP ne publie pas un classement unique regroupant l’ensemble du continent africain. Il classe 34 pays dans la région Afrique subsaharienne, tandis que l’Algérie, l’Égypte, le Maroc et la Tunisie sont rattachés à la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Agence Ecofin a reconstitué le classement des 38 pays africains couverts par l’indice à partir de leurs rangs mondiaux.
- Rwanda (40e rang mondial)
- Namibie (46e)
- Maurice (48e)
- Botswana (49e)
- Sénégal (58e)
- Afrique du Sud (60e)
- Ghana (62e)
- Malawi (69e)
- Algérie (85e)
- Gambie (86e)
- Tunisie (89e)
- Maroc (90e)
- Bénin (94e)
- Kenya (100e)
- Burkina Faso (101e)
- Liberia (103e)
- Tanzanie (105e)
- Côte d’Ivoire (107e)
- Zambie (108e)
- Sierra Leone (110e)
- Madagascar (111e)
- Togo (112e)
- Angola (113e)
- Niger (116e)
- Guinée (118e)
- Gabon (119e)
- Nigeria (120e)
- Zimbabwe (122e)
- République du Congo (124e)
- Ouganda (126e)
- Mali (127e)
- Mozambique (129e)
- Mauritanie (132e)
- Éthiopie (133e)
- Cameroun (134e)
- Égypte (135e)
- RD Congo (136e)
- Soudan (138e)