GOÏTA NOMME SISSOKO
Le Conseil des ministres du Mali, présidé vendredi par le général d’armée Assimi Goïta, a abordé plusieurs dossiers stratégiques pour l’avenir du pays. Justice, enseignement supérieur, ressources minières et cohésion nationale figuraient au menu de cette session. Mais derrière les décisions officielles, plusieurs chantiers restent soumis à une exigence essentielle. Démontrer leur efficacité sur le terrain.
Cour suprême, au-delà des nominations, l’exigence de résultats
Bamasssa Sissoko a été nommé président de la Cour suprême, tandis que Samba Lamine Koité accède à la vice-présidence. D’autres magistrats ont également été désignés au sein des sections judiciaire, administrative et des comptes, ainsi qu’au parquet général.
Ces nominations marquent une nouvelle étape dans l’organisation de la plus haute juridiction du pays. Elles placent désormais les responsables désignés devant les attentes des justiciables, pour lesquels l’efficacité de la justice se mesure moins aux changements de titulaires qu’à la rapidité des procédures, à l’impartialité des décisions et à l’égalité devant la loi.
Le communiqué officiel ne précise toutefois ni les objectifs assignés aux nouveaux responsables ni les indicateurs qui permettront d’évaluer les progrès attendus. La question demeure donc entière. Quels changements concrets les citoyens pourront-ils constater dans le fonctionnement de la justice ?
Universités régionales, des ambitions confrontées au calendrier
L’opérationnalisation des universités de Sikasso, Gao, Tombouctou, Bandiagara et Kayes constitue un autre dossier majeur. L’objectif est de rapprocher l’enseignement supérieur des populations et de mieux adapter les formations aux besoins des territoires.
Les avancées restent cependant inégales. À Sikasso, l’Institut universitaire pour le Développement rural accueille 325 étudiants dans deux filières depuis l’année académique 2023-2024. À Bandiagara, le recrutement des premiers étudiants en sciences des matériaux doit débuter en novembre pour l’année universitaire 2026-2027. À Kayes, les premiers cours dans les filières minières et géologiques sont annoncés pour janvier 2027.
Pour Gao et Tombouctou, aucune date précise de démarrage n’a été communiquée.
Ces différences de calendrier interrogent la capacité de l’État à concrétiser simultanément ses ambitions universitaires dans les régions. Les infrastructures, les équipements scientifiques, la disponibilité des enseignants et le financement des laboratoires seront déterminants.
Le gouvernement prévoit de développer des centres de recherche répondant aux standards internationaux. Reste à connaître les moyens mobilisés, les échéances détaillées et les effectifs que ces établissements pourront accueillir. Pour les familles, l’enjeu est immédiat : accéder à des formations de qualité sans nécessairement quitter leur région.
SOREM-MALI, la gouvernance minière à l’épreuve de la transparence
Dans le secteur minier, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret approuvant les statuts refondus de la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali (SOREM-MALI S.A.), créée en septembre 2022.
Chargée de la recherche, de l’exploitation, du traitement et de la commercialisation des substances minérales dans les périmètres attribués, la société voit ses règles de gouvernance révisées afin de renforcer sa sécurité juridique et de clarifier les compétences de ses organes.
Cette réforme intervient dans un secteur stratégique pour l’économie nationale. Mais la modification des statuts ne suffit pas, à elle seule, à établir les retombées économiques d’une entreprise publique.
Les résultats financiers, les investissements réalisés, les emplois créés et les revenus reversés à l’État constituent autant d’indicateurs nécessaires pour apprécier son efficacité. Le communiqué ne fournit pas ces données. Leur publication permettrait de mieux mesurer la contribution de la société aux objectifs de souveraineté économique.
Sport et diplomatie, l’unité nationale en ligne de mire
Le gouvernement a également adopté un projet de décret instituant une Biennale sportive, organisée en alternance dans les régions et dans le district de Bamako. Prévue du 7 au 16 août, elle ambitionne de promouvoir la citoyenneté, la paix et le vivre-ensemble.
Parallèlement, Bamako accueille, du 15 au 30 octobre, le tournoi qualificatif ouest-africain des moins de 20 ans, auquel participent huit sélections.
Sur le plan régional, le Mali assurera pendant quatre ans la présidence du Bureau du Conseil du Travail et du Dialogue social de l’UEMOA. Le pays a également participé au Forum sur le climat, la paix et la sécurité à Nouakchott, conclu par l’adoption de la Déclaration de Nouakchott.
Enfin, la hausse des cas confirmés de dengue signalée au Conseil des ministres rappelle l’importance des mesures de prévention. Aucun chiffre n’a été communiqué.
Au-delà de la diversité des dossiers, un même impératif se dessine. Faire correspondre les décisions institutionnelles aux résultats attendus. Pour les autorités de transition, la crédibilité de l’action publique se jouera aussi dans sa capacité à produire des avancées mesurables, vérifiables et perceptibles par les Maliens.