DÉCENTRALISATION AU GABON : ENTRE EXIGENCES PRÉSIDENTIELLES ET COMMUNES PRIVÉES DE MOYENS, L’HEURE DES ACTES A SONNÉ
Au Gabon, la décentralisation est de nouveau confrontée à une question centrale : comment demander davantage de résultats aux collectivités locales sans leur garantir les moyens nécessaires pour exercer pleinement leurs compétences ?
Le 14 octobre 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier. Au cœur de cette audience : les priorités du nouveau gouvernement et les difficultés rencontrées par les communes, évoquées lors de la rencontre de l’Association des maires du Gabon (AMG), organisée à Franceville.
À la veille du premier Conseil des ministres de la nouvelle équipe gouvernementale, le chef de l’État a rappelé, selon la Communication présidentielle, que les nouveaux ministres devaient désormais privilégier l’action, l’efficacité et les résultats, avec pour objectif de répondre aux attentes des populations.
Mais au-delà des orientations gouvernementales, la question des moyens accordés aux collectivités locales demeure déterminante.
Des communes confrontées au manque de moyens
En rendant compte des travaux de l’Association des maires du Gabon, Alexandre Barro Chambrier a exposé plusieurs difficultés auxquelles les collectivités sont confrontées, notamment dans l’exécution de leurs budgets, la mobilisation de leurs recettes propres et la mise en œuvre effective de la décentralisation.
L’enjeu est majeur : les communes doivent pouvoir financer leurs missions et répondre aux besoins des habitants. Or, leur autonomie reste étroitement liée à leur capacité à mobiliser des ressources suffisantes.
La digitalisation de la collecte des taxes et des impôts municipaux constitue une piste pour améliorer les recettes locales. Toutefois, ce mécanisme peine encore à produire tous les effets attendus.
Dès lors, une interrogation s’impose : comment exiger des collectivités locales qu’elles assument pleinement leurs responsabilités si les ressources financières et matérielles nécessaires ne suivent pas ?
La décentralisation, au-delà des discours
Face à ces contraintes, Brice Clotaire Oligui Nguema a insisté sur le renforcement des capacités des élus locaux, notamment en matière de gestion budgétaire, de contrôle et de transparence.
Cette orientation souligne la nécessité d’améliorer la gouvernance locale. Mais elle met également en évidence le double défi auquel les communes sont confrontées : mieux gérer les ressources disponibles tout en obtenant les moyens d’exercer leurs compétences.
La décentralisation ne peut ainsi se limiter à un transfert de responsabilités sur le papier. Son effectivité suppose des mécanismes de financement adaptés, des ressources mobilisables et une capacité réelle d’action au niveau local.
Pour les communes, l’enjeu est donc de passer des engagements aux mesures concrètes susceptibles d’améliorer leur fonctionnement et les services rendus aux populations.
Le nouveau gouvernement attendu sur les actes
En plaçant l’efficacité et les résultats au centre des priorités gouvernementales, le chef de l’État fixe un cap à sa nouvelle équipe. Reste à savoir comment cette exigence se traduira dans l’accompagnement des collectivités locales.
Le président a également appelé à intensifier la sensibilisation des commerçants au mécanisme du Fonds 4 de la CNAMGS, afin de favoriser leur couverture sociale.
À l’issue de l’audience, Alexandre Barro Chambrier a remis à Brice Clotaire Oligui Nguema le prix décerné par les maires.
Au-delà de ce geste symbolique, le véritable test demeure celui de l’effectivité de la décentralisation. Les communes attendent des ressources et des outils pour agir ; l’exécutif réclame des résultats. La crédibilité de cette politique dépendra désormais de la capacité à rapprocher ces deux exigences.
Car une décentralisation efficace ne se mesure pas seulement aux responsabilités confiées aux maires, mais aussi aux moyens qui leur permettent de les assumer.