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CHOC SÉNÉGALAIS

CHOC SÉNÉGALAIS
Le Sénégal fait face à une dette cachée de sept milliards et se tourne vers le FMI.


Pour éviter la banqueroute, le gouvernement s'est résigné à appeler à la rescousse le grand ordonnateur de la rigueur internationale. L'accord de principe pour un prêt de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois est sur la table. Mais ce ballon d'oxygène cache une réalité brutale. Le Fonds monétaire international (FMI) n’est pas un philanthrope, et sa potion magique ressemble étrangement à un poison social.

Le retour des liaisons dangereuses avec Washington


L’exécutif refuse d’employer les mots qui fâchent. On évite soigneusement le terme de « restructuration », lui préférant les euphémismes de « traitement » ou de « reprofilage ». C'est une coquetterie sémantique pour masquer une capitulation idéologique. Les dirigeants souverainistes, qui promettaient des ruptures endogènes et l’affranchissement des tuteurs occidentaux, finissent par ramper sous les fourches caudines de Washington.

Le piège s’est refermé. Pour convaincre les marchés financiers internationaux, le Sénégal s’est fixé un calendrier quasiment irréaliste. Boucler les négociations sur le « traitement » de ses créances pour débloquer les premiers fonds. Mais le FMI exige des gages. Il exige une « rationalisation » drastique. Au lieu d'une gestion technocratique, l'austérité montre déjà ses crocs. Réduction des subventions sur l'énergie, hausse des taxes et gel des budgets de fonctionnement de l’administration.

La casse sociale au nom de la crédibilité


L'argumentaire officiel consiste à dire qu’il faut « restaurer la crédibilité financière » du pays. Certes, le déficit budgétaire a été réduit, et la croissance du PIB affiche un vigoureux 6,7 % grâce aux hydrocarbures. Mais qui va payer l'addition de ces exercices de haute voltige macroéconomique ? Ce ne sont ni les banquiers de la Place de Dakar, ni les fantômes de l’ancien régime. Ce sont les ménages pauvres et le monde rural.

Réduire la voilure dans les ministères signifie moins de services publics, moins de recrutements de professeurs, et des investissements sociaux sacrifiés. Le Sénégal s'apprête quasiment à revivre les heures sombres des plans d'ajustement structurel des années 1980. À force de vouloir gagner du temps en empruntant sur les marchés régionaux à des taux prohibitifs, l’État a acheté du temps à crédit. Le réveil sera semble-t-il douloureux.

Le souverainisme à l’épreuve des chiffres



La souveraineté nationale ne se décrète pas dans des meetings politiques, elle se finance. Le bras de fer feutré entre le perchoir de l'Assemblée nationale et le ministère des Finances montre les fissures de l'appareil d'État. D'un côté, le dogme du refus de la restructuration. De l'autre, la dure réalité d'opérations financières complexes (comme des désaccords sur 1,7 milliard de dollars de swaps de devises).

Le FMI mène la danse. En acceptant ses conditions pour apurer les comptes d'une élite passée et corrompue, le pouvoir actuel s’expose au tribunal de la rue. Liquider la dette cachée en saignant l'économie locale est un pari politique hautement inflammable. Le traitement de choc a commencé, et le patient sénégalais risque de s'en souvenir longtemps.



Par Pamphil

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