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BEAC, L’OR POUR CHANGER LA STRATÉGIE FINANCIÈRE AFRICAINE ?

BEAC, L’OR POUR CHANGER LA STRATÉGIE FINANCIÈRE AFRICAINE ?
Avec sa stratégie 2027-2030, la BEAC entend transformer l’or extrait en Afrique centrale en levier de souveraineté financière, grâce à un programme d’achat domestique destiné à renforcer les réserves de la sous-région.

La BEAC ambitionne de faire de l’or local un pilier de la souveraineté financière des six pays de la CEMAC. Cette stratégie vise à intégrer une partie de la production aurifère régionale dans les réserves officielles afin de diversifier les actifs de la banque centrale. Elle pourrait ainsi renforcer la capacité de la sous-région à faire face aux chocs économiques extérieurs. Toutefois, sa mise en œuvre dépendra de la structuration des filières aurifères et de leur capacité à approvisionner durablement la BEAC.


L’or comme réserve extérieure 


Inscrite dans le prolongement de la décision du Comité ministériel de l’UMAC du 8 avril 2026, la stratégie de la BEAC vise à acheter l’or produit dans la sous-région afin de consolider ses réserves extérieures. Si l’objectif est fixé à l’horizon 2030, les modalités concrètes du programme restent à préciser, notamment les volumes d’achat, les financements et le calendrier de lancement. Au 31 décembre 2025, les stocks d’or de la banque centrale s’élevaient à 6,28 tonnes, pour une valeur comptable de 492,9 milliards de FCFA, contre 333,9 milliards un an plus tôt, sans augmentation des quantités détenues. Parallèlement, les réserves de change de la CEMAC atteignaient 7 125 milliards de FCFA en août 2026, dans un contexte marqué par les recettes pétrolières et les emprunts extérieurs. L’intégration de l’or régional pourrait ainsi contribuer à diversifier les actifs de réserve et à limiter l’exposition de la sous-région aux fluctuations des marchés internationaux, sans toutefois éliminer les risques économiques extérieurs.


Les filiaires nationales doivent participer 


La réussite du programme régional dépendra avant tout de la capacité des États à organiser la collecte de l’or et à sécuriser son acheminement vers la banque centrale. Au Cameroun, le Code minier du 19 décembre 2023 confie à la Sonamines un rôle central dans l’achat et la commercialisation de ce métal précieux, ce qui impose une coordination entre le mécanisme de la BEAC et les dispositifs nationaux. L’expérience de cette société montre qu’une collecte publique est possible : elle avait déclaré avoir remis 638 kg d’or au Trésor entre juillet 2021 et octobre 2024, pour une valeur estimée à 27 milliards de FCFA.


Toutefois, les quantités effectivement mobilisables pour le programme restent inconnues. La transparence des circuits d’approvisionnement constitue également un défi majeur : en juin 2026, la Sonamines faisait état de seulement 3,8 kg d’or officiellement exportés par le Cameroun en 2025, contre 12,2 tonnes enregistrées à Dubaï. Bien que ces données ne permettent pas d’établir directement le niveau de production nationale, elles mettent en lumière les difficultés de traçabilité et de contrôle des flux aurifères.

Par NYANGUI

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