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PANIQUE AU CARBURANT

PANIQUE AU CARBURANT
Pénurie d'essence à Libreville, panique et embouteillages monstres au quotidien.


Elle a injecté une dose de panique dans les artères déjà fragiles de la capitale gabonaise. Désormais, la quête du précieux liquide transforme certaines heures de la journée en un calvaire logistique. Des files d’attente kilométriques débordent des stations-service, cannibalisent les voies de circulation et créent des embouteillages monstres du matin au soir. La psychose de la panne sèche étrangle.

L’enfer de l’aube, le piège de l’axe IAI - Owendo


Le calvaire commence bien avant que le soleil ne dore les vitres des immeubles. Dès 5 heures du matin, une marée de phares rouges et blancs s’immobilise sur l'axe stratégique reliant le carrefour IAI au port d’Owendo. En temps normal, cette zone industrielle et résidentielle souffre de ralentissements chroniques. Aujourd'hui, la pénurie d'essence a transformé le secteur en un immense parking à ciel ouvert.

La cause ? Les abords des quelques stations-service encore approvisionnées sont pris d'assaut. Les automobilistes, désespérés à l'idée de rater leur journée de travail, tentent le tout pour le tout dès l'aurore. Les files d'attente s'allongent sur des voies entières, forçant les bus, les camions de fret et les citernes à se faufiler sur une seule ligne. Pour les employés de la zone industrielle d’Owendo, le retard n’est plus une possibilité, c'est une certitude mathématique. Les visages sont crispés sur les volants, les klaxons résonnent en un concert de frustration stérile, tandis que certains piétons, excédés, abandonnent les taxis pour finir leur trajet à pied le long de la chaussée.

Le grand nœud de midi, de l’échangeur au Rond-Point de Nzeng-Ayong


Aux alentours de midi, la crise ne faiblit pas. Elle se déplace et change de visage. C’est l’heure où les parents tentent de récupérer les enfants, où les fonctionnaires cherchent à maximiser leur pause, et surtout, où la rumeur d’un camion-citerne en livraison met le feu aux poudres. Le cœur névralgique de cette tension se situe entre l’échangeur de Nzeng-Ayong et son célèbre Rond-Point.

Ici, le trafic vire à l'anarchie urbaine. La station-service située à proximité devient l'épicentre d'un séisme routier. Les voitures s’agglutinent en triple file. Les chauffeurs de taxi, dont le gagne-pain dépend exclusivement de l’essence, coupent le moteur pour économiser les dernières gouttes, poussant leur véhicule à bout de bras dans la file. Le blocage remonte instantanément jusqu’à l’échangeur, paralysant les voies rapides. Les usagers se retrouvent pris au piège sous un soleil de plomb, sans échappatoire. Les altercations verbales fusent entre automobilistes à bout de nerfs et conducteurs de mototaxis qui tentent de se frayer un chemin à travers ce labyrinthe de tôle. À la mi-journée, Nzeng-Ayong ne circule plus, il suffoque.

L’asphyxie du crépuscule, le calvaire d’Akanda jusqu’au Lycée d’État


Le véritable pic de la panique se cristallise en fin de journée, lorsque la nuit tombe et que les réservoirs se vident dangereusement. L'axe nord, reliant la commune résidentielle d’Akanda au Lycée d’État de l’Estuaire, devient le théâtre d’une transhumance dramatique. C’est l’heure du retour à la maison, mais pour des milliers de Librevillois, le chemin du retour passe obligatoirement par une interminable attente.

Les stations-service d'Akanda sont encerclées. La file d'attente se mêle au flux des usagers qui quittent le centre-ville. La panique monte d’un cran. L'obscurité grandit, les magasins ferment les unes après les autres. Face aux stations-services à court de stock, la perspective de passer la nuit sur le carreau devient bien réelle. Dans l'axe Michel Marine-Rond-Point Lalala, les embouteillages atteignent un point de non-retour. Les véhicules restent bloqués pendant des dizaines de minutes durant avec des passagers épuisés à bord. Les rares taxis en circulation profitent du chaos pour dicter leurs lois, exigeant des tarifs plus élevés pour de simples trajets, sous prétexte qu’ils ont « passé l'après-midi à chercher du carburant ».

Le système D au bord de la rupture


Face à cette paralysie systémique, Libreville a basculé dans l’économie de la débrouille et du marché noir. À chaque coin de rue, à proximité des stations, des files d'un autre genre se forment. Celles des piétons munis de jerricanes, de bouteilles en plastique et de bidons de fortune. Ce marché parallèle de l'essence "au bidon" fleurit à vue d'œil, alimenté par des réseaux opportunistes qui revendent le carburant plus cher que le prix officiel.

Sur la route, la solidarité entre chauffeurs s’effrite sous le poids de la fatigue. Le comportement des usagers est dicté par la peur du lendemain. On ne roule plus pour se déplacer, on roule pour chercher une pompe fonctionnelle. Cette psychose collective entretient elle-même le blocage. Dès qu’une file se forme, des dizaines d’automobilistes s’y insèrent par simple précaution, aggravant un encombrement parfois inutile.

L’urgence d’un retour à la normale


Malgré les communiqués officiels et les promesses de réapprovisionnement imminent distillés par les autorités de tutelle, le décalage avec la réalité du terrain reste abyssal. Libreville ne peut plus tenir à ce rythme. La productivité économique est en chute, les transports publics sont exsangues, et les nerfs de la population sont à fleur de peau.

Le reflux de la pénurie de gasoil prouve que des solutions logistiques sont possibles. Mais tant que l’essence ne coulera pas à flot régulier dans toutes les stations du Grand Libreville, les carrefours de la capitale resteront les otages de cette ruée vers l'or noir. Pour les Librevillois, les trajets habituels deviennent une loterie stressante, et chaque voyage à travers la ville, une épreuve d'endurance dont personne ne sait quand elle prendra fin.




Par Pamphil

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