PÉNURIE D'ENSEIGNANTS

À Owendo, cette situation est particulièrement perceptible. Au lycée Gustave Anguilet comme dans d’autres établissements publics de la commune, des heures de cours restent sans encadrement faute d’enseignants disponibles. Une situation qui nourrit l’inquiétude des parents et des élèves, alors que les programmes scolaires doivent être suivis dans des délais déjà contraints.
Des matières sans enseignants
Le déficit concerne plusieurs disciplines essentielles. Pour certaines classes de 5e, notamment, des élèves ne disposent pas toujours d’un professeur de mathématiques et de français. Les sciences de la vie et de la Terre (SVT) connaissent également des difficultés d’encadrement dans ces niveaux.
Dans les classes de 6e, l’anglais figure également parmi les matières confrontées à un manque d’enseignants. À cela s’ajoute l’absence signalée de professeurs d’Éducation civique dans certains établissements, alors que cette discipline participe à la formation du citoyen et à la compréhension des règles de la vie collective.
L’Histoire-Géographie n’échappe pas non plus à ces difficultés. Dans la totalité des collèges et lycées publics, les élèves peuvent rester plusieurs semaines avec un volume de cours insuffisant dans cette matière. Le problème ne se limite d’ailleurs pas à Owendo. Il est également rapporté dans toutes les grandes localités du pays, où les établissements publics doivent composer avec des effectifs importants et un nombre insuffisant d’enseignants.
Cette situation a des conséquences directes sur les élèves. Lorsque les cours ne sont pas assurés régulièrement, le programme risque de prendre du retard, les évaluations deviennent plus difficiles à organiser et les écarts de niveau peuvent se creuser. L'avenir des enfants est compromis. Pour les familles, l’inquiétude est d’autant plus grande que ces dysfonctionnements interviennent dans un système scolaire déjà confronté à la question des effectifs pléthoriques.
Des conditions de travail toujours difficiles
Au-delà de la présence des enseignants dans les salles de classe, leurs conditions de travail constituent une autre source de préoccupation. Les syndicats et plusieurs professionnels de l’éducation dénoncent notamment le manque d’équipements numériques et d’infrastructures adaptées.
Certains enseignants affirment ne pas disposer des outils nécessaires pour intégrer pleinement le numérique dans leurs pratiques pédagogiques. Dans plusieurs établissements, les salles multimédias restent insuffisantes, voire inexistantes. Cette situation apparaît préoccupante à l’heure où l’intelligence artificielle et les technologies numériques transforment progressivement les méthodes d’enseignement.
À cette difficulté s’ajoutent les effectifs élevés dans les salles. Des enseignants rapportent des classes dans lesquelles plusieurs élèves doivent partager un même banc. Les infrastructures sportives et les commodités ne répondent pas toujours aux besoins des établissements. Les intempéries peuvent également perturber les activités scolaires dans certains sites.
La question administrative reste également sensible. Certains enseignants disent attendre depuis de nombreuses années une évolution de leur situation professionnelle. L’un d’eux évoque ainsi près de vingt années de service tout en demeurant dans une situation qu’il juge précaire.
La Journée mondiale des enseignants comme caisse de résonance
Ces difficultés ont trouvé un écho particulier à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque 5 octobre. Instituée par l’UNESCO, cette journée met en lumière la contribution des enseignants à la formation et à l’avenir des sociétés.
Au Gabon, le thème retenu cette année, « Protection, valorisation, renforcement des conditions de vie des enseignants », prend une résonance particulière dans le contexte actuel. La célébration a notamment été marquée par des moments religieux.
Les enseignants et les acteurs du secteur éducatif ont participé à une messe d’intention à l’église Saint-Pierre. Les responsables du ministère de l’Éducation ont également effectué une visite à l’Institut de formation au métier de l’éducation avant de prendre part à une messe d’action de grâce consacrée à la communauté éducative.
L’occasion a également été saisie pour placer la nouvelle année scolaire sous le signe de la paix et du travail. Lesdits responsables ont par ailleurs adressé leurs condoléances à la famille d’un élève décédé au lycée national Léon-Mba, rappelant la dimension humaine qui accompagne cette journée dédiée au monde éducatif.
Les syndicalistes appellent à poursuivre les réformes
Pour les syndicats des enseignants, la célébration a pris la forme d’une rencontre consacrée à l’évaluation des acquis et aux conditions de vie des enseignants. Les échanges ont permis de mettre en évidence les avancées, mais aussi les difficultés persistantes qui affectent la profession.
Les enseignants restent attentifs aux réformes concernant directement ou indirectement la communauté éducative. Ils souhaitent notamment une meilleure vulgarisation du plan intérimaire de l’éducation élaboré depuis 2024, ainsi que des différents cadres destinés à orienter les politiques éducatives et culturelles.
Les enseignants réclament des réponses concrètes
Pour les organisations syndicales, cette commémoration doit aussi servir de moment d’interpellation sur les réalités vécues quotidiennement dans les établissements.
Les revendications portent notamment sur l’amélioration des conditions matérielles, la formation continue, la digitalisation des établissements, la réduction des effectifs par classe et une meilleure reconnaissance de la profession.
Les enseignants soulignent également les difficultés liées à leur prise en charge sanitaire. Certains estiment que les prélèvements effectués sur leurs salaires au titre de la couverture maladie ne leur garantissent pas un accès suffisamment satisfaisant aux soins.
La question de la charge de travail demeure enfin centrale. Avec des classes nombreuses et plusieurs niveaux à encadrer, certains enseignants disent devoir gérer jusqu’à une dizaine de classes, avec un volume horaire qu’ils jugent difficilement compatible avec les conditions réelles d’exercice.
Les cérémonies du 5 octobre ont contribué à la valorisation de l’enseignant. Améliorer l’école passe d'abord par la présence effective des professeurs, mais aussi des infrastructures adaptées, des outils modernes et des conditions professionnelles permettant aux enseignants de remplir pleinement leur mission. Au Gabon, les défis restent nombreux, mais les acteurs du secteur espèrent désormais que les engagements annoncés se traduiront par des changements visibles dans les salles de classe.