RENTRÉE SOLENNELLE
Cette rentrée intervient dans un contexte de renouvellement à la tête de plusieurs grandes juridictions. André Wora Alonda a été installé comme premier président de la Cour de cassation, tandis que Jean-Gaspard Ondo Mintsa a pris ses fonctions au Conseil d’État. À la Cour des Comptes, Pamphile Moussavou Ibouanga assume désormais la présidence. Au-delà du caractère protocolaire de cette cérémonie, cette rentrée judiciaire a surtout permis de poser les principaux défis auxquels la justice gabonaise devra répondre au cours de l’exercice 2026-2027. La performance judiciaire au-delà des statistiques Dans son intervention, le représentant du ministère public a insisté sur la nécessité de considérer la performance judiciaire sous un angle plus large que celui des simples statistiques. Pour lui, l’efficacité d’une juridiction ne saurait se mesurer uniquement au nombre de dossiers traités. Les chiffres présentés témoignent néanmoins d’une activité judiciaire en forte progression. Sur les 16 juridictions concernées, 44 600 nouvelles procédures ont été enregistrées depuis octobre 2025, contre 27 505 au cours de l’exercice précédent. Au 30 juin 2026, 36 670 affaires avaient déjà été traitées. Cette hausse du volume des procédures pose toutefois la question des capacités de la justice à absorber les contentieux tout en maintenant des standards élevés de qualité. Le ministère public estime ainsi que célérité, rigueur juridique et exécution effective des décisions doivent progresser ensemble. « Une justice lente fragilise la confiance. Une justice approximative fragilise le droit. Une justice inefficace fragilise l’État lui-même » a rappelé le représentant du parquet, mettant également en avant l’intégrité et l’indépendance des magistrats comme piliers de la confiance des citoyens. L’éthique au cœur du mandat judiciaire Pour sa première rentrée solennelle en qualité de Premier président de la Cour des Comptes, Pamphile Moussavou Ibouanga a placé la question de l’éthique au centre de son intervention. S’appuyant sur les enseignements tirés des récents Conseils de discipline et des travaux du Conseil supérieur de la Magistrature, il a appelé les magistrats à renouer pleinement avec les principes qui fondent leur serment professionnel. Indépendance, probité, impartialité, dignité, loyauté et respect de la loi. « Le magistrat ne doit jamais oublier que sa première richesse est son indépendance, que son premier capital est sa probité et que son premier devoir demeure le service de la justice » a-t-il déclaré. Restaurer la confiance des citoyens Derrière les enjeux de fonctionnement et de performance se dessine une préoccupation majeure. La confiance du citoyen dans l’institution judiciaire. Une justice plus rapide, plus lisible et plus rigoureuse constitue, en effet, un élément essentiel du renforcement de l’État de droit. Cette exigence suppose également que les décisions rendues soient effectivement exécutées et que les magistrats demeurent à l’abri des influences susceptibles de compromettre leur impartialité. La nouvelle année judiciaire s’ouvre ainsi avec plusieurs priorités. Améliorer le fonctionnement des juridictions, renforcer la qualité des décisions, accroître l’efficacité du traitement des dossiers et consolider l’éthique professionnelle. Pour le Premier président de la Cour des Comptes, cette ambition passe nécessairement par un retour aux fondamentaux de la fonction judiciaire. « Le retour aux valeurs sacrées de notre serment n’est plus une option, c’est une urgence absolue » a-t-il affirmé. À travers cette rentrée solennelle, les Cours et Tribunaux affichent donc leur volonté de placer l’exercice 2026-2027 sous le signe de la responsabilité, de l’exemplarité et du service de l’intérêt général. Une feuille de route qui engage autant les magistrats que l’ensemble de l’institution judiciaire dans sa relation avec les justiciables.