EMBALO EMPÊCHÉ
Une décision qui vient contrarier les plans de l’ancien chef de l’État et ouvre une nouvelle période d’incertitude dans un pays marqué par les soubresauts politiques et militaires. Embalo appelle ses partisans au calme Vendredi 2 octobre, Umaro Sissoco Embalo a pris acte de la décision des autorités de transition. Dans un communiqué largement relayé par la presse locale, l’ancien président, qui entendait revenir au pays pour préparer sa campagne électorale, a également appelé ses sympathisants au calme. Cette réaction intervient alors que la perspective de son retour avait suscité de nombreuses interrogations dans les milieux politiques bissau-guinéens. Sa candidature à la présidentielle du 6 décembre devait lui permettre de revenir directement dans le jeu politique après plusieurs mois d’exil. Mais la décision de la junte bouleverse désormais cette stratégie. Une décision saluée par ses opposants Du côté de l’opposition, la décision des militaires est accueillie avec satisfaction. Certains adversaires d’Embalo l’accusent d’avoir joué un rôle dans la mise en scène du coup d’État militaire de l’année dernière afin de masquer, selon eux, sa défaite électorale et de préparer son retour aux affaires. Un bon connaisseur des rouages politiques bissau-guinéens qualifie ainsi la décision de la junte de « camouflet pour l’ancien chef de l’État ». Selon cette lecture, l’armée aurait désormais pris goût au pouvoir et chercherait à prendre ses distances avec Umaro Sissoco Embalo. Les organisations de la société civile se félicitent également du désarmement de la sécurité rapprochée de l’ancien président. La garde rapprochée d’Embalo remaniée Plusieurs sources affirment que 60 à 80 membres de la sécurité d’Umaro Sissoco Embalo ont été remplacés au lendemain de l’annonce de sa candidature à la présidentielle. Le 2 octobre, des mouvements au sein de la garde présidentielle avaient d’ailleurs provoqué un début de panique dans la population. Le ministère de l’Intérieur avait alors assuré qu’il s’agissait de réaffectations normales au sein de l’armée. Ces changements interviennent dans un contexte particulièrement sensible, où chaque mouvement au sein des forces de sécurité est scruté avec attention. Vers une recomposition du paysage politique ? Pour plusieurs analystes, l’épisode pourrait constituer le premier acte d’une recomposition des forces politiques bissau-guinéennes. Un second signal est apparu vendredi 2 octobre, avec la promotion de neuf officiers à des grades supérieurs par le président de la Transition, le général Horta Ntam. Parmi les promus figure notamment le chef d’état-major des forces armées, le général Tomas Djassi, présenté par plusieurs sources comme étant à l’origine du désarmement des forces de sécurité d’Embalo. Le Premier ministre de la Transition en embuscade Le scénario d’un retour politique en force d’Umaro Sissoco Embalo se trouve ainsi contrarié. Désormais, l’attention se porte également sur l’actuel Premier ministre de la Transition, Ilídio Vieira Té. Ancien ministre des Finances d’Embalo et directeur de sa campagne électorale de 2025, celui-ci vient de créer une nouvelle formation politique. Vendredi 2 octobre, il a appelé, sur les réseaux sociaux, à l’unité nationale et à la paix. Sans évoquer directement le retour empêché de son ancien mentor, Ilídio Vieira Té s’installe ainsi au cœur d’une séquence politique dont les prochains développements pourraient redessiner les rapports de force en Guinée-Bissau.