DETTES COMPARÉES
Une dette publique qui échappe progressivement au contrôle
Les derniers chiffres de l'Insee confirment l'aggravation de l'endettement français. Au deuxième trimestre 2026, entre avril et juin, la dette publique a augmenté de plusieurs dizaines de milliards d'euros. L'État a ainsi accumulé 53 milliards d'euros d'endettement supplémentaire, tandis que la Sécurité sociale a contribué à cette progression à hauteur de 8,4 milliards. À l'inverse, les administrations publiques locales ont enregistré une diminution de leur dette de 1,7 milliard d'euros.
Cette évolution intervient alors que le gouvernement peine à réduire le déficit public. Celui-ci devrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026, contre 5 % initialement espérés. Pour 2027, les prévisions sont encore plus préoccupantes. La dette pourrait culminer à 121,7 % du PIB, un niveau inédit depuis le début des statistiques en 1978.
La France dépasse ainsi largement le plafond de 60 % du PIB fixé par les règles européennes. Dans la zone euro, elle figure parmi les pays les plus endettés, derrière la Grèce et l'Italie.
Les intérêts de la dette, une facture de plus en plus lourde
Au-delà de son montant, l'endettement français représente une charge financière considérable pour les finances publiques. Selon Roland Lescure, ministre de l'Économie et des Finances, les intérêts annuels de la dette pourraient atteindre 91 milliards d'euros en 2027. Une somme colossale qui risque de réduire les marges de manœuvre budgétaires de l'État et de compliquer le financement des services publics.
La hausse des taux d'emprunt accentue cette pression. Lundi 28 septembre, les obligations françaises à dix ans affichaient un rendement de 4,7 %, contre environ 3,6 % pour leurs équivalents allemands. Un écart particulièrement important, qui n'avait plus été observé à ce niveau depuis 2012.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg, cette progression s'inscrit toutefois dans une dynamique internationale.
« Cela s'inscrit dans un mouvement mondial de hausse des taux »
explique-t-il. L'inflation provoquée par la crise énergétique, les incertitudes concernant les décisions des banques centrales et l'augmentation des besoins de financement des États et des entreprises contribuent à cette tendance.
La confiance des investisseurs, un enjeu décisif
Si la conjoncture internationale explique une partie de la hausse des taux, les difficultés budgétaires françaises alimentent également les inquiétudes des investisseurs. Ces derniers s'interrogent notamment sur la capacité des autorités à redresser durablement les finances publiques.
Éric Dor insiste sur l'importance de la confiance des créanciers. Selon lui, les prêteurs continuent de financer la France, mais exigent désormais des taux d'intérêt plus élevés.
« On est dans la phase où les prêteurs froncent les sourcils, mais prêtent toujours à la France, plus cher »
souligne-t-il.
L'économiste rappelle également que la charge de la dette, rapportée au PIB, est passée de 1,2 % en 2020 à environ 2,5 %. Une progression considérable qui témoigne du poids croissant des intérêts dans les dépenses publiques.
La situation pourrait toutefois se compliquer si les investisseurs perdaient confiance dans la volonté des responsables politiques de rétablir l'équilibre budgétaire. À l'approche de la présidentielle, les orientations économiques des principales formations politiques sont donc particulièrement scrutées.
La présidentielle au cœur des inquiétudes économiques
L'échéance électorale constitue désormais une source supplémentaire d'incertitude pour les marchés financiers. Éric Dor estime que les investisseurs surveillent notamment la perspective d'un second tour opposant le Rassemblement national à La France insoumise. Selon lui, leurs inquiétudes dépendront largement des orientations économiques et budgétaires défendues par ces formations.
Pour David Jourdan, directeur de la gestion crédit chez Ecofi, les marchés ne se contentent pas des déclarations politiques. Ils évaluent avant tout la viabilité des trajectoires financières et la capacité des gouvernements à corriger les déséquilibres. Dans une note, il évoque une
« crise de confiance historique ».
L'économiste Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode, nuance néanmoins les risques d'un effondrement financier.
« La France ne fera jamais faillite, mais elle peut connaître une crise »
explique-t-il, comparant le pays à
« un bel Airbus dans un ciel très agité »
Une image qui illustre les turbulences financières auxquelles l'économie française pourrait être confrontée.
Le prochain budget sous haute surveillance
Dans ce climat d'incertitude, le projet de budget qui doit être présenté jeudi 1er octobre sera particulièrement attendu. Le gouvernement prévoit un effort budgétaire de 54 milliards d'euros afin de contenir les déficits et de rassurer les marchés.
Toutefois, l'ampleur de l'endettement et le niveau des intérêts rendent les arbitrages particulièrement délicats. Les autorités devront concilier la réduction des dépenses publiques, le financement des politiques essentielles et la nécessité de préserver la croissance économique.
Pour David Jourdan, les réformes structurelles ne constituent désormais plus une simple option.
« Elles s'imposeront, de gré ou de force »
prévient-il.
À quelques mois de la présidentielle, la dette publique s'impose ainsi comme l'un des principaux dossiers économiques et politiques français. Entre exigences des marchés, contraintes budgétaires et promesses électorales, les prochains mois s'annoncent déterminants pour l'avenir des finances publiques de la France.